03.08.2009

Gagaouzie, un jardin entre deux empires

LE MONDE | 01.08.09 | 14h09  •  Mis à jour le 02.08.09 | 08h47


e minibus roule à tombeau ouvert sur la route qui mène de Chisinau, la capitale de la Moldavie, vers le sud du pays, mais pour Vera, qui s'éponge le front à l'avant du véhicule, le temps ne s'écoule pas assez vite. Il lui tarde d'arriver dans sa région natale, la Gagaouzie, où elle n'a pas remis les pieds depuis un an.
Terre de vignobles et de vergers enclavée dans le sud de la Moldavie, la Gagaouzie - 1 800 km2 pour 150 000 habitants - est un sédiment turcophone en terre slave, un faux pli dans le tissu de cette région peuplée de Moldaves, de Russes, de Bulgares, d'Ukrainiens, de Tziganes.

Les Gagaouzes sont des Moldaves à part. De leurs ancêtres, les Oghuz, une peuplade turque installée il y a fort longtemps sur les bords de la mer Noire, ils ont gardé la langue, quelques habitudes - le café ottoman, l'amour des chevaux, l'obligation de se déchausser pour pénétrer dans la maison - et une incroyable propension à l'hospitalité. Mais n'allez pas dire à un Gagaouze qu'il est turc, il le prendrait mal.

Ces lointains cousins des Turcs ont fui l'Empire ottoman, pour s'installer au XIXe siècle dans la steppe de Budjak, en Bessarabie, tout juste libérée par l'armée tsariste. L'islam n'est pas pour eux, ils sont chrétiens, de rite orthodoxe bulgare, et le font savoir. Les calvaires de zinc qui bordent les routes de campagne avec leurs Christ en gloire, leurs images pieuses et colorées, sont leur éclatante profession de foi.

Le minibus arrive enfin à Vulkanesti, ville terminus (16 000 habitants) à l'extrême sud de la province, non loin des frontières de l'Ukraine et de la Roumanie. Sur la place centrale trône, ultime vestige de l'URSS, un Lénine brillant comme un astre argenté, tout juste repeint. Dès la descente du bus, ce ne sont qu'embrassades et cris de joie. En cette période estivale, les migrants partis travailler en Turquie, en Russie ou en Europe reviennent au pays, les bras chargés de cadeaux, les portefeuilles garnis. C'est le moment idéal pour organiser mariages, baptêmes et autres fêtes ponctuées de danses et de toasts déclamés à l'envi.

Vera est attendue par Kolia, son mari, et par Jénia, son fils de 18 ans. Depuis trois ans, la famille vit séparée. Employée de maison à Moscou, Vera revient chez elle trois semaines par an, en été. Son mari, berger, et son fils, lycéen, sont à Vulkanesti toute l'année avec les grands-parents. Comme Vera, 30 % de la population moldave (4 millions d'habitants) travaillent à l'étranger. En 2008, les envois de fonds de ces migrants ont constitué 40 % du PIB du pays.

"Si ça ne tenait qu'à moi, j'aimerais autant rester, mais partir est une nécessité absolue. Sans mon apport mensuel, la famille ne s'en sortirait pas", assure cette petite femme affable et gaie, âgée de 45 ans. A Moscou, elle travaille quatorze heures par jour et rentre fourbue, le soir, dans sa petite chambre d'un foyer de banlieue.

Ses gains en roubles améliorent l'ordinaire. La maison familiale arbore désormais salle de bains et cuisine équipée. Tapisser les murs, installer un W-C intérieur sont les nouveaux objectifs de Vera. L'idée de devoir traverser le potager pour aller aux toilettes dans la cabane de bois près du poulailler la désespère. Sa soeur Liouba, femme de ménage en Turquie, s'est achetée un appartement au centre-ville. Elle a tout ce dont Vera rêve : papiers peints, salle de bains, W-C intérieur. L'inconvénient, c'est que l'eau ne coule au robinet qu'une heure par jour. Commence alors l'infernale noria des seaux qu'il faut tirer au puits et monter à bout de bras sur trois étages.

Partout, l'eau fait défaut. Les rivières Larga et Kagoul, dont les flots tumultueux furent jadis les témoins des batailles contre la Sublime Porte, sont à sec. Dans les villes et villages, la plupart des foyers n'ont pas l'eau courante. Quand ils l'ont, elle est de mauvaise qualité, chargée en nitrates. "Cette eau jaunit les dents, cause des maladies du foie", confirme Mikhaïl Formuzal, le baskan ("président"), élu en 2006 à la tête de la région autonome gagaouze. Grâce aux crédits alloués par Ankara, un système d'assainissement a été instauré à Comrat, (27 000 habitants), capitale de la province. "Les Turcs s'occupent de nous comme d'un petit enfant", se réjouit le baskan. Des fenêtres de la présidence, on aperçoit l'université gagaouze, créée avec le concours de la Turquie il y a dix ans.

Autonome depuis 1994, la Gagaouzie a son président, son Parlement, son drapeau, sa police. Elle est libre de nouer des relations avec le reste du monde. Pourtant, à l'époque soviétique, rien ne la distinguait du reste de la Moldavie. Il y avait bien eu, en 1906, la proclamation d'une "République gagaouze", mais son existence s'arrêta net au bout de quinze jours.

Sous les soviets, pas question d'y revenir. La spécificité régionale consistait à parler turc, à la maison seulement. La langue de tous les jours, à l'école comme au tribunal ou au travail, était le russe. Lorsque l'URSS a commencé à se fissurer, les questions identitaires sont revenues en force.

Effrayées par les nationalistes moldaves avec leurs projets de fusion avec la Roumanie, les minorités du pays - russophone en Transnistrie, turcophone en Gagaouzie - se sont cabrées. Leur revendication tenait en deux mots : l'indépendance ou la guerre. La Transnistrie russophone à l'est de la Moldavie a choisi la guerre, pas la Gagaouzie.

Quand Chisinau a dépêché sur place ses forces antiémeute, Gagaouzes et Moldaves ont bien failli en venir aux mains. Finalement, pas un coup de feu n'a été tiré, les turcophones ont choisi de rester dans le giron de Chisinau, troquant l'indépendance contre une large autonomie. "Nous sommes des gens pragmatiques et tolérants. Nous cherchons les amis, pas les ennemis", explique Mikhaïl Formuzal. Cet ancien militaire en est sûr, la Gagaouzie pourrait servir de modèle au règlement des revendications autonomistes dans l'aire postsoviétique (Transnistrie, Karabakh, Abkhazie, Ossétie du Sud) et en Europe. Pourtant les relations avec le pouvoir central sont orageuses. Les griefs contre Chisinau sont légion : "Le centre rechigne à redistribuer l'aide humanitaire venue de Russie, verse à contrecoeur les crédits accordés par la Turquie, ne respecte pas notre spécificité."

Et à qui la faute si les infrastructures de la province sont à la traîne par rapport au reste du pays ? "Le traitement de l'eau, l'accès au gaz, les routes sont bien pires ici que partout ailleurs, ça n'est pas un hasard", constate Vova, un plombier chauffagiste installé depuis peu à son compte.

Le pire, c'est "cet exode". Le travail ne court pas les rues, les gens partent. Vova en sait quelque chose. Il y a quelques années, il a dû émigrer à Moscou, s'engager comme maçon sur des chantiers afin de faire vivre sa femme et ses trois filles. Il ne repartira plus. Sa petite maison, dans le village de Tomaï (4 200 habitants), non loin de Comrat, a désormais tout le confort. Vova a tout fait de ses mains : parquets, salle de bains, sauna, cuisine.

Grâce au potager et aux 95 poulets de la basse-cour, sans compter les cochons et le veau, la table est toujours bien garnie. Sa femme Moussia, cantinière au lycée, aime la vie à Tomaï pour "le bon air, les produits frais, la tranquillité", mais la baisse des effectifs du lycée, "1 400 en 2005, 696 aujourd'hui", n'est pas sans l'inquiéter.

Le long des routes, les vignobles abandonnés s'étendent à perte de vue. Ancienne cave à vins de toute l'Union soviétique, la Gagaouzie a souffert de la "loi sèche" imposée en 1985 par Mikhaïl Gorbatchev, le dernier secrétaire du Parti communiste soviétique, lorsque des ceps furent arrachés au nom de la lutte contre l'alcoolisme. En 2005, un embargo décrété par Moscou sur les vins moldaves a porté un coup fatal à l'industrie vinicole. L'embargo a beau avoir été levé, les usines stagnent.

"Il faudrait améliorer la qualité de nos vins, mieux les faire connaître...", échafaude Trofim Karabadjak, ingénieur en chef à l'usine de vin de Tomaï. En l'absence du directeur, l'ingénieur fait le guide et mène avec brio la cérémonie de la dégustation. Trofim a deux passions : le vin et Alexandre Pouchkine. A chaque fois qu'il lève son verre, c'est plus fort que lui, il faut qu'il déclame des poèmes.

Chacun se souvient ici que le père de la langue russe, exilé dans la région entre 1819 et 1821, célébra en vers la victoire sur les Ottomans. Trofim est intarissable sur le sujet. Les Gagaouzes évoquent généralement la défaite du Croissant en 1770 avec une telle fougue qu'il est permis de penser que c'était hier. Ils aiment à raconter comment le maréchal Souvorov, la tête tranchée par un sabre turc, continua néanmoins "à conduire son cheval quelques minutes encore, comme si de rien n'était".

La Russie est le modèle, le recours, la mère nourricière. On parle russe - très peu moldave, on regarde la télévision russe, on émigre en Russie. Nul ne songerait ici à incriminer le grand voisin pour avoir imposé l'embargo sur les vins. "A Chisinau, les nationalistes roumanophones ont beau jeu de critiquer la Russie. Que ferions-nous sans elle ?", s'insurge Vova le plombier.

La politique n'est pas son fort. Il préfère les veillées entre copains. Ce soir, Vova reçoit ses amis de jeunesse. Il y a Sergueï, le juge, Ilya, un ancien procureur adjoint, et Ilioucha, le chef des pompiers gagaouzes. Après une journée de canicule, il fait bon trinquer le soir dans la fraîcheur de la cave proprette avec ses murs chaulés, ses tonneaux généreux, ses bocaux de légumes alignés sur les étagères.

De quoi parlent-ils ? De vin bien sûr, encore et toujours ! Du kraska, ce nectar épais que l'on boit à l'automne. "Ma grand-mère disait qu'il fallait en consommer au moins 40 litres pour purifier l'organisme", affirme Ilya, provoquant l'hilarité de ses compagnons. Au tour de Vova de porter un toast : "Mes amis, il faut nous rendre à la réalité, puisque personne ne veut de notre vin, nous n'avons plus qu'à le boire !" Leurs rires retentissent jusque dans la rue.

 

Marie Jégo Gagaouzie, envoyée spéciale
Article paru dans l'édition du 02.08.09

05.05.2009

La Russie tente d'éloigner la Moldavie de l'UE

LE MONDE | 05.05.09 | 15h28  •  Mis à jour le 05.05.09 | 15h28
CHISINAU ENVOYÉE SPÉCIALE


lors que l'Union européenne (UE) s'apprête, jeudi 7 mai, à lancer son "partenariat oriental", lors d'un sommet à Prague, en direction de six Etats de l'ex-URSS, la Moldavie, incluse dans ce programme d'aides, reste sous le choc d'une grande secousse politique qui pourrait déterminer ses choix de politique étrangère.
Voici un mois, le 7 avril, Chisinau, la capitale de ce pays de 4,5 millions d'habitants situé entre la Roumanie et l'Ukraine, a été le théâtre d'événements spectaculaires : d'un côté, une manifestation énorme pour la démocratie ; de l'autre, des scènes de pillage devant le Parlement. Relevant en apparence de seuls facteurs internes, les répercussions de ce double épisode s'inscrivent, selon des diplomates, dans la lutte d'influence que se livrent l'UE et la Russie, dans la zone géographique qui les sépare.

Premier acte : le 7 avril, la jeunesse étudiante et l'opposition moldaves manifestent en masse - environ 20 000 personnes - sur une place au centre de Chisinau, pour dénoncer une "fraude" électorale lors du scrutin législatif du 5 avril. Surnommé "la révolution Twitter" (du nom de la plate-forme Internet de messagerie), ce soulèvement vise le régime du président communiste, Vladimir Voronine, au pouvoir depuis huit ans, et dont le parti a été annoncé grand vainqueur du vote. Mais pour beaucoup, la "révolution" a été volée, et la Russie tire profit du résultat.

Voici comment. Le deuxième acte se déroule ce même 7 avril, à 200 mètres de la grande manifestation. Les bâtiments de la présidence et du Parlement, situés de part et d'autre d'une large avenue, sont subitement attaqués, en fin de matinée, par des groupes de casseurs, qui entraînent des étudiants avec eux. Des pierres pulvérisent les vitres. Des salles sont pillées. Plusieurs casseurs ont les cheveux coupés ras, des vestes sombres, et des capuches qui leur masquent le visage. Vers 14 heures, heure locale, deux jeunes hommes pénètrent à l'intérieur de la présidence. Ils parviennent sur le toit, avec l'aide de policiers. Ils y déploient un drapeau roumain et un drapeau européen. La garde présidentielle leur a facilité le passage. Le drapeau roumain, c'est tout un symbole, lourd de connotations, dans cette République dont le territoire est issu de l'annexion soviétique d'une partie de la Roumanie de l'entre-deux guerres, à la suite du pacte Ribbentrop-Molotov (1939).

Vers 15 heures, l'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Tchijov, téléphone à un haut responsable européen. "La Roumanie est impliquée dans une tentative de coup d'Etat à Chisinau", dit-il. "Quelles preuves avez-vous ?", demande son interlocuteur. "Le drapeau roumain sur la présidence", répond l'officiel russe. "Vous devez comprendre que je vous téléphone sur instructions strictes de Moscou, pour dire qu'il s'agit d'un coup d'Etat fomenté par la Roumanie", insiste-t-il. Frappante rapidité de la réaction russe.

Deux heures plus tard, les deux mêmes jeunes surgissent sur le toit du Parlement, et plantent encore le drapeau roumain. Le pouvoir moldave prétendra, plus tard, que la police les a "aidés, afin de calmer la violence". Mais la violence, au contraire, se déchaîne. Le Parlement est investi. Des meubles sont jetés à l'extérieur, et brûlés sur le trottoir. De la fumée s'échappe des étages. La police n'intervient pas, ni les pompiers. Des salles brûleront jusque tard dans la nuit.

Vers 16 heures, le président moldave convoque au siège du gouvernement les leaders des trois partis de l'opposition, qui lançaient en vain des appels au calme. M. Voronine les accuse de procéder à un "coup d'Etat". "Son visage était fermé, mais le mouvement de ses jambes traduisait de la nervosité. Il avait bu", relate Vlad Filat, l'un des chefs de file de l'opposition. Le président annonce que "les organes concernés de l'Etat" préparent déjà "toutes les conséquences à tirer (du) coup d'Etat". Le soir même, la police commence ses rafles, qui dureront plusieurs jours.

A partir du 8 avril, le pouvoir moldave, en parallèle avec les autorités russes, multiplie les déclarations accusant la Roumanie. "Voyez à quoi mènent les "révolutions démocratiques", des incendies et des destructions !", se réjouissent ouvertement des officiels russes, dans leurs entretiens avec des diplomates occidentaux.

Que s'est-il vraiment passé ? Même si la Roumanie accueille dans ses universités de nombreux étudiants moldaves, et entretient des liens avec certains partis de l'opposition démocratique, personne, parmi les diplomates occidentaux qui suivent de près la situation en Moldavie, ne retient sérieusement l'hypothèse d'un coup d'Etat violent fomenté à distance par Bucarest. Beaucoup, en revanche, tiennent pour crédible le scénario de "casseurs" pilotés par une partie de l'appareil sécuritaire moldave.

Dans les mois précédant les élections, M. Voronine s'était efforcé d'obtenir le soutien de Moscou, qui contrôle une partie du vote en Moldavie à travers un parti prorusse, et détient un levier politique fort au travers de la région séparatiste de Transnistrie. Le 18 mars, le président moldave se rend à Moscou pour signer un document permettant à la Russie de pérenniser sa présence militaire en Transnistrie. Dès le lendemain, toutefois, les diplomates moldaves s'efforcent de convaincre leurs interlocuteurs occidentaux que le rapprochement avec l'UE n'est en rien compromis. "Une fois l'élection passée, on poursuivra le dialogue avec vous", assurent-ils.

La Russie a-t-elle activé des appuis au sein des services secrets et de la police moldaves, pour contraindre le régime de M. Voronine à abandonner ses velléités en direction de l'Ouest ? Des services de renseignement occidentaux retiennent l'hypothèse. Ils évoquaient, avant les élections, la possibilité d'incidents violents.

A Chisinau, l'"éminence grise" de M. Voronine, le jeune Mark Tkatchiouk, avance lui aussi la théorie de la piste russe. Pas publiquement, mais dans ses conversations avec des Européens. Le rôle russe, "j'y pense sans cesse", nous confie ce proche conseiller du président.

Voici en substance son raisonnement : "Les services secrets russes n'ont jamais pardonné au président Voronine" d'avoir pris langue avec les Etats-Unis. Ni d'avoir refusé, en 2003, un plan russe de règlement du conflit en Transnistrie. Ni d'avoir entamé un rapprochement avec l'UE. Et si la police a eu la main si lourde, c'est parce qu'une partie des services de sécurité moldaves, appuyée par l'aile "conservatrice" du Parti communiste, cherchait à préserver ses positions. Et à tuer dans l'oeuf le cours pro-occidental qui s'esquissait. M. Tkatchiouk glisse qu'il n'a "guère confiance" dans le ministre de l'intérieur, George Papuk, "qui pourrait être bientôt limogé".

Ces explications ont l'avantage de laver M. Voronine de tout soupçon. De lui permettre de continuer à réclamer des aides financières européennes pour mieux "résister" aux pressions russes. C'est pourquoi elles sont rejetées par l'opposition moldave. "Les violences ont été sciemment provoquées par des agents du pouvoir. Il est impossible que Voronine n'ait pas trempé là-dedans, commente Vlad Filat. "Il a cherché par ces violences à décrédibiliser l'opposition."

La Moldavie s'enfonce dans une crise politique. M. Voronine a renoncé à se rendre au sommet du "Partenariat oriental" de l'UE. Il a aussi retiré son pays de prochaines manoeuvres de l'OTAN. L'Europe a réagi aux événements moldaves de façon hésitante. Les Etats-Unis ont été très en retrait. Selon les experts et diplomates observant la région, ce "vide bénéficie aux Russes".

 

Natalie Nougayrède

La montée des tensions

5 avril
Le Parti communiste du président Vladimir Voronine remporte officiellement plus de 50 % des voix. Les partis d'opposition contestent le scrutin.

6 avril
Environ 6 000 jeunes manifestent à Chisinau, dénonçant "l'enterrement de la démocratie". Par Internet et par SMS, ils se mobilisent pour le lendemain.

7 avril
L'opposition rassemble des dizaines de milliers de personnes sur la place centrale de la capitale. A 200 mètres de là, des émeutiers assaillent le Parlement.

8 avril
Le pouvoir moldave et la Russie accusent la Roumanie de tentative de "coup d'Etat". Les réactions européennes restent discrètes.



Article paru dans l'édition du 06.05.09

31.03.2008

Tournée vers l'Union européenne, la Moldavie se vide de ses habitants faute d'avenir clair

Article paru dans l'édition du 23.03.08
avorables à 76,2 % à leur intégration dans l'Union européenne - selon un sondage réalisé fin 2007 par l'institut des politiques publiques - les Moldaves se lassent des tergiversations de leur pouvoir communiste. Elu depuis 2001, le président Vladimir Voronine ménage tantôt Moscou tantôt Bruxelles, maintenant le pays dans la léthargie. La nomination, le 21 mars, d'un nouveau gouvernement dirigé par une de ses proches, Zinaïda Grecianii, ne devrait rien changer au jeu de bascule habituel du chef de l'Etat.

A un an des prochaines élections, M. Voronine, qui s'est rendu en janvier à Moscou pour rencontrer le président Poutine, reste peu clair sur ses intentions. La question non réglée de la province séparatiste russophone de Transnistrie, qui dispose d'une présence militaire russe, continue il est vrai de peser sur la politique moldave.

Considéré par les Moldaves comme irréversible, le processus de marche vers l'Union européenne a été entamé en 2003 par M. Voronine lui-même. Le plan d'action signé en 2005 entre Chisinau et Bruxelles, qui devait en trois ans mettre le pays sur la voie de l'Union, n'a pourtant pas fait bouger grand-chose. Un rapport de la Commission européenne est attendu début avril. La présence de l'UE a été renforcée. Un bureau de la Commission a été ouvert à Chisinau en 2005 et un centre de traitement des visas commun à sept pays européens existe depuis 2007. Mais du côté moldave, les progrès restent sur le papier.

Pays le plus pauvre d'Europe, frontalière de l'Ukraine, la Moldavie, qui a appartenu, de 1918 à 1940, à la Roumanie, est totalement dépendante de la Russie pour son gaz et une bonne part de ses exportations agricoles. Faute d'avenir, elle se vide de ses habitants. « Traditionnellement orientée vers la Russie, l'immigration est aujourd'hui tournée vers l'Ouest », indique Valeriu Mosneaga, politologue à la faculté de Chisinau.

Depuis l'indépendance en 1991, la population est passée de 4,3 millions à 3,38 millions en 2004 (dernier recensement). 500 000 Moldaves seraient actuellement dans l'Union européenne, principalement en Italie et au Portugal. « 30 % de la population des actifs émigre », estime Arcadie Barbarosie, directeur de l'Institut des politiques publiques, laissant derrière eux les orphelins de l'immigration (29 % des enfants moldaves, selon l'Unicef).

Malgré ses ambitions européennes, la démocratisation en Moldavie n'en est toujours qu'à ses balbutiements. « Les arrestations de journalistes se raréfient », se félicite Paolo Berizzi, premier secrétaire de la délégation de la Commission européenne à Chisinau, mais les procédures judiciaires contre les adversaires politiques sont monnaie courante. « Dans les faits, les décisions de justice sont prises sur les conseils de l'entourage présidentiel », explique le député chrétien-démocrate Ion Varta. La corruption est en léger recul dans les affaires, indique Transparency International, au même niveau qu'au Maroc. Mais rien n'a bougé concernant la petite corruption.

Dans ce pays agricole (30 % du PIB), seule Chisinau, qui rappelle les villes soviétiques des années 1980, bénéficie d'un début de modernisation. Des constructions à ciel ouvert voisinent avec des business centers, des casinos et leurs 4×4, des boutiques de téléphones portables (1,6 million d'abonnés pour 3,3 millions d'habitants).

Quelques entreprises occidentales - dont Metro, Orange, la Société générale, Lafarge, Naf Naf, etc. - ont trouvé leur place entre les maisons basses traditionnelles aux couleurs pastel et les églises orthodoxes divisées, comme presque tout ici, entre russophones (16 % de la population) et roumanophones. Mais 29 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Et 35 % du PIB est constitué des transferts des immigrés.

A l'université d'Etat de Chisinau, de jeunes étudiantes n'imaginent pas attendre 2020 - date évoquée par certains politologues pour l'entrée de la Moldavie dans l'UE - pour se mettre à l'heure européenne. « Nous vivons toujours dans un système communiste, déplore Nadine Cordun (22 ans). Je ne vois mon avenir que dans un autre pays de l'Union européenne », ajoute Alexandra Boneanu (22 ans). Le jeune maire libéral de Chisinau, Dorin Chirtoaca (29 ans), porte les espoirs de changement face au président communiste.

Malgré les attaques du pouvoir, le nouveau maire, élu en juillet 2007, a en quelques mois amélioré les services publics et donné des gages de démocratisation. « Depuis son élection, les manifestations de rue sont autorisées », souligne notamment M. Berizzi.

Anne Rodier

18.01.2008

Moldova: the country that Europe forgot

May 18th 2007
From Economist.com

Our correspondent learns of fraud most fowl


FINDING the offices of the only English-language paper in a foreign city is hardly a tough assignment—except when the paper is the Tiraspol Times, the slickly produced propaganda outlet of the Transdniestrian authorities. This purports to be a proper newspaper, with a website and a print edition. The editor until recently was one Mark Street, assisted by Jason Cooper (bald) and Karen Ryan (blonde). The news, features and analysis are better than anything Moldova produces in English.

Yet this fine organ is remarkably elusive. Its website shows no address, but the domain registration gives 118 October 25th St. That is shared by the infamous Hotel Druzhba and a political party. Nobody at either building has heard of the Tiraspol Times. Local journalists cannot recall meeting anyone from the paper. Even a person such as Dmitri Soin, who has featured in its columns, says he has had contact “only by e-mail”.

The internet reveals no trace in any previous life of the journalists who supposedly work there. The only discoverable person seems to be its publisher, Mr Des Grant, an Irish local-newspaper owner with an unexplained but lively connection with Transdniestria.

It is all a bit reminiscent of a Transdniestrian disinformation exercise last year that involved the creation of a grandly named think-tank, the International Council for Democratic Institutions and State Sovereignty. This published a report—supposedly by top international lawyers—backing Transdniestria’s legal case for independence. But the lawyers named had nothing to do with the report, and the “international council” turned out to be merely a website, with no offices, staff, legal existence, or claim to credibility. (An Economist investigation prompted it to add an entertaining entry in its website FAQ entitled: “What is your response to claims that ICDISS does not exist?”).

A clue comes from Mr Antufeyev, the state security minister. Asked about his country’s impressively energetic English-language propaganda efforts, he smiles broadly and says, “Why should we not use the West’s technology, on our side?” A supplementary question about the striking success of the Transdniestrian efforts, compared to those in Moldova, provokes a hearty chuckle, and the cryptic: “We are not lazy”.

It is a mistake to see Transdniestria only as part of a tussle between Moldova and Russia. Ukraine, the region’s eastern neighbour, is another big factor. Senior Ukrainian politicians and officials have made a lot of money out of trade with the breakaway region.

A typical scam is to import chicken from Odessa, claiming that it is bound for Transdniestria (and therefore duty free). Once across in Transdniestria the shipment is switched to smaller trucks and brought back into Ukraine. A truck of cheap American chicken meat brings a profit of several thousand euros if it can be resold in Ukraine’s protected and inefficient home market.

The cleverest bit of the scam is that re-importation ceases to qualify as a criminal offence if it is done in small enough loads. Another dodge is to import luxury cars as “car parts”, by the simple expedient of removing the windscreen wipers, hub caps and other minor items. Once cleared by a cooperative customs official, the car can be “reassembled” at an instant profit of half its sale price.

Ukraine, in consequence, is not terribly enthusiastic about an Odessa-based EU monitoring mission, led by a formidable Hungarian policeman, Ferenc Banfi, which is trying to beef up security on the border with Transdniestria. Mr Banfi, a marmite-loving anglophile, is undaunted. Smuggling certainly continues, he concedes, but it is a lot less blatant. Transdniestrian firms are having to register with Moldovan customs authorities and conduct their trade legally. It may no longer be quite right to call Transdniestria a “black hole”. And it is hard to avoid the impression that, whatever the Tiraspol Times may say, it is slowly imploding.

An interview with the author appears on our European blog, “Certain Ideas of Europe”

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Thursday

THE misnamed Hotel Druzhba (Friendship) used to be the only place to spend the night in Tiraspol. For connoisseurs of truly dismal Soviet-style rudeness, apathy, squalor and clashing shades of muddy pastel, it is still unmissable. As a place to stay, its noisy, draughty rooms, with their nylon sheets, uneven tiles, flimsy locks and eccentric plumbing, leave a lot to be desired.

Even Dmitri Soin, the chief Transdniestrian cheerleader and director of the magnificently named Che Guevara School of Political Leadership, shows visible relief that his foreign visitor’s enthusiasm for authentic local flavours does not stretch to the Druzhba. His youth movement, Proriv (Breakthrough), apes the pro-Western flagwavers of the “coloured revolutions” that toppled autocrats in Georgia, Ukraine and elsewhere.

Proriv’s headquarters look flashy, with elegantly designed logos (featuring Mr Guevara) and lots of computers. But the aim is not to promote Western-style democracy, rather, its opposite: Proriv is much closer to the pro-Putin youth movements of Russia. The accent is on fun, and a positive and loyal portrayal of the motherland. Transdniestria is a modern, vibrant, multi-ethnic society, happily linked to dynamic, prosperous Russia. A much better bet than muddy Moldova.

The real prize is not meeting the pony-tailed, yoga-loving Mr Soin, but his boss, the Transdniestrian security chief Vladimir Antufeyev. How to reach him, in his secrecy-shrouded, fear-inducing ministry? Even the gutsiest independent journalists in Transdniestria do not have a phone number for his office. The so-called ministry of foreign affairs shows no inclination or capability to arrange a meeting. Time is running short.

The best approach is the simplest: go to the ministry of state security and ring the doorbell. It seems a trifle risky. This is not a building which outsiders normally enter willingly, especially Western journalists who write nasty things about gangster-ridden separatist enclaves. A friend cautions strongly against: it will be fruitless; the tea will contain polonium. A tiny spyhole opens, then a thick steel door; a soldier, in the uniform of the special forces, takes a proffered passport and visiting card.

Next stop is a long wait in a tiny, interrogation room, fitted out with a KGB version of IKEA furniture: flimsily constructed in pale plastic veneer. Steel shutters on the windows have slits for the muzzle of a gun, just in case.

EPA Tough times in Tiraspol

Then General Antufeyev’s secretary appears, ideally cast for the role in elegantly cut battledress, fishnet stockings, high heels and scarlet lipstick. She beams. The minister is available in 40 minutes. The soldiers beam. If they had been hoping to be told to take this unwelcome visitor on a one-way trip to the dungeons, they don’t show it. Sadly, the canteen is not available, but an excellent café round the corner sells a passable borscht and dumplings. It is hard to imagine anywhere else in Europe where an impromptu request to meet the chief spook would meet such an accommodating and friendly reaction.

Face to face, General Antufeyev is charming and hospitable, not the sinister brute of popular repute. Coffee is offered at once; then a bottle of brandy as a souvenir. In crisp, vivid Russian he outlines his worldview: Transdniestria is a bastion against western hegemony; Moldova is intolerantly ethno-centric, pervaded by Romanian nationalism, and consequently unattractive to the liberty-loving Russophones of Transdniestria.

It is rather like talking to top Stasi people in East Berlin in 1988: the logic is fine and the brainpower impressive; but the assumptions are mistaken. In truth, Transdniestria is being squeezed: Russia is impatiently cutting back subsidies; Moldova, albeit slowly, is becoming more attractive. General Antufeyev will need all his wiles to survive.

An interview with the author appears on our European blog, “Certain Ideas of Europe”

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Wednesday

IN THEORY, Transdniestria is scary. It is the sort of place where thugs in leather jackets tote their guns in restaurants, a place where anything can be smuggled, laundered, bought or disposed of. Bad things can happen to the unwary or unlucky Westerner, and if they do, nobody will help you. Chisinau-based diplomats shun the illegal, unrecognised “Transdniestrian Moldovan Republic”.

The place is run by a Ministry of State Security—”MGB”, for its Russian initials—which has close and unexplained ties to powerful people in Moscow. That outfit is run by Vladimir Antufeyev, who—in the eyes of his enemies at least—is a villain straight out of a James Bond film. He is physically imposing, brainy, ruthless and has a suitably chequered background. He arrived here years ago under an assumed name, having staged an unsuccessful putsch in Latvia.

Driving from Chisinau to the Transdniestrian capital, Tiraspol, takes about 40 minutes. The “border” is the ceasefire line left over from a short, fierce, pointless war in 1992 between swaggering ethno-nationalist Moldovans and diehard Soviet loyalists, which left the latter in charge of Transdniestria. You pass Moldovan customs officers, then Russian peace-keepers, then Transdniestrian customs, then the border control.

The checks are cursory. If your papers are in order, everything is OK. But what does it cost to get the right papers? One aim of this trip has been to see what the market is in forged or corruptly-obtained passports. A few years back your correspondent failed to take the chance, in the bazaar in Faizabad, of buying a spanking new Afghan passport for just $40, and has regretted it ever since.

So far, on this trip, the quest for a passport has been fruitless. In Bucharest they are said to be on sale in Moldova, no problem. Moldovans say that the trade there has dried up, but you can buy any documents you want in Transdniestria, no problem. But even the sleaziest looking taxi drivers and the barmen in the deepest dives of Tiraspol look shocked at the idea. Odessa in next-door Ukraine, they say, is the place for all kinds of papers, legal and illegal.

For a place that bangs on endlessly about its statehood, Transdniestria is pretty feeble when it comes to the details. The first stop is the foreign ministry. In most countries, the foreign ministry is a landmark. This one is tucked away in a backstreet. It lacks a national flag, a sign, and even a door bell.

Banging on what looks like a garage door produces reluctant admission that this is the foreign ministry, and eventually access to a dusty car park that leads on to a nondescript villa. Inside, it all seems unfinished. Bare wires dangle from the ceilings, some with lightbulbs, some without. It smells cold, damp and lifeless. “Have you just moved in?” “No, a couple of years ago” comes the answer.

The main road, October 25th St, tells you much of what you need to know. The most common shop signs are for money exchange—reflecting the inflow of remittances from émigrés that keep both Transdniestria and Moldova afloat. Transdniestrian roubles are dingy, scruffy scraps of paper, which manage to make even Moldova’s tatty currency, the lei, look respectable. The coins are tiny discs of aluminium.

A hugely ornate new bank building shows the profits you can make from shovelling money into, and around, a place where international financial controls don’t bite. A short way away is the headquarters of the MGB. Across the road is a fast-food joint that, oddly, is owned by the son of a senior Moldovan politician. The two sides may hate each other on one level, but on another their interests overlap in the most curious ways.

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Tuesday

MOLDOVA is run by Vladimir Voronin, the only serving head of state in the world to have won a contested election on a communist ticket. His views have changed a lot from 2001, when he said he would make his country the “Cuba of eastern Europe”. Now he is pro-market and pro-European Union. He’s pro-democracy too, in theory. But the justice system is dismal and the security services powerful. The authorities treat journalists they don’t like with silly vindictiveness. The opposition finds it hard to get on telly: in short, it’s a typical bureaucratic and fairly authoritarian presidential republic, a bit like Ukraine used to be before the “Orange Revolution”.

The story the Moldovans want to tell is of their conversion to radical economic reform. It is certainly needed. Moldova is the poorest country in post-communist Europe; 47% of the population lives below the poverty line. At least 25% of the working age population has emigrated. Their remittances keep the place going.

Now Mr Voronin has announced an amnesty for illegal capital and unpaid taxes, and a sweeping tax cut for business. The idea, ministers and officials say with unconvincing confidence, is to make Moldova like Estonia.

That is a bit like announcing that Louisiana will in future be run like Switzerland. Estonia’s post-communist trajectory is the most startling success story in the region. For much of the 1990s reform went at warp speed there. The civil service is hi-tech, anglophone, instinctively open in its approach, informal, liberal-minded and honest. The country also benefits from exceptionally close contacts with neighbouring Finland.

Dealing with the Moldovan government does not evoke memories of Estonia. Soldiers patrol the corridors in Soviet-style uniforms, saluting as minor bureaucrats go by. According to people who deal with it, the bureaucracy is old-fashioned and often corrupt. Ministries are run as Soviet-style hierarchies, where connections and status matter far more than good ideas, and everyone guards decision-making power and information jealously. No neighbouring country plays Finland’s role. Most outsiders that come to Moldova from neighbouring countries offer bribes, not advice.

The economics minister wants to make the country a “logistics hub” for the Black sea region. Not a bad idea—but it will be hard to do that without allowing foreigners to buy land freely, or to compete with obese sacred cows such as the national airline.

Yet things are changing. People now move from Transdniestria to work in Chisinau. It used to be the other way round: in Soviet times Transdniestria was industrialised, whereas Moldova specialised in low-value-added agricultural produce. Moldova is even facing a huge influx of cash over the next few years: $1.2bn was pledged at a donor conference last year.

Every big international outfit seems to have an office in Chisinau. Some are run by inspirational people. Others seem to have been sent to Moldova as a punishment, or at the fag-end of their careers. Some foreign missions are run by locals of questionable outlook.

Given Moldova’s exceptionally weak institutions, it is likely that some donated money will be stolen. Quite a lot will merely be wasted. Some will never be allocated at all, because Moldovan officialdom can’t get its act together. But some may actually do good.

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Monday

MOLDOVA is not only the poorest ex-communist country in Europe; it is also last in the queue for love and attention. It lacks central Europe’s glorious culture, the pungent romance of the Balkans, the charm and excitement of the Baltics, or the huge strategic importance of Central Asia and the Caucasus. Its main role is that of a country so obscure that it can safely be ridiculed, as it was in a book about a hapless British comedian’s attempt to play tennis with the national football team.

Moldova is indeed flat, small, isolated, and ill-run. But it is not ridiculous. Its sadnesses spill over to other countries in the form of smuggling and prostitution. Bits of it—chiefly the breakaway puppet state of Transdniestria—are sinister. Its fate is tremendously important. As it wobbles between east and west, Moldova may be the first country that the Kremlin wins back from the west since the 1970s.

Simply getting there is quite hard. Deplorable state interference (to protect the national carrier) means that the low-cost European airlines that fly to the farthest corners of countries such as Poland don’t serve the Moldovan capital, Chisinau. Municipal corruption means that no western hotel chains have opened. The best one is an ex-brothel, built for Turkish clients. After four lucrative years, the owners changed its name and went respectable, more or less.

The best way to get to Moldova is from Romania. Ties between these two countries ought to be the closest anywhere in eastern Europe. They share, broadly speaking, a common language and history. Moldova was part of Romania until 1940, when Stalin grabbed it as part of the Nazi-Soviet pact.

AFP Mr Basescu may be over-reaching

Now the mood is icy. Romanians mostly find it hard to think of Moldova as a separate country: rather the same way many English used to feel about Ireland, and still do about Scotland and Wales. Romania’s beleaguered (and currently suspended) president, Traian Basescu, a cheerful former sea-captain, sees Moldova as a failed experiment that would be much better off rejoining Romania. His views would be fine in his old job, discussed in a lively harbourside bar, lubricated by a few glasses of Romania’s national drink, tuica. Coming from a head of state, amid the delicate levantine gold filigrees and white plaster of the former royal palace, they sound crass.

Only the most flimsy euphemisms disguise his real views: Moldova is run by an incompetent provincial Soviet elite that has lost the confidence not only of the outside world, but also its own people. They are signing up for Romanian passports en masse—he reckons 800,000 out of a population of 4.5m. Romania’s newly won membership of the European Union makes its citizenship—available to most Moldovans—irresistibly attractive, and the process of unification unstoppable.

Yet a few moments’ thought show the difficulty with Mr Basescu’s simplistic notions. Romania struggled to get into the EU and is now struggling to survive there. Moldova has far worse problems, and is not even in the waiting room for membership. The last thing the EU wants is another chunk of dirt-poor, ill-run, ex-communist nuisance. What would happen to Transdniestria, the mainly Russian-speaking territory that was stitched to Moldova in Soviet times, and now tries to be independent?

Crucially, reunification with Romania is not popular in Moldova. Mr Basescu’s views may be coloured by the rapturous reception he received from his fans there during a recent visit. But less than a sixth of the population declare themselves as “Romanians”. The majority have got used, over the past 50 years, to living in a separate country. They do not want to go back to being a neglected province of Greater Romania.