L'UE et la mer Noire

L’élargissement de l’Union européenne à la Bulgarie et à la Roumanie début 2007 relance de manière évidente le processus de rapprochement entre la mer Noire et l’Occident. L’Union devient en effet riveraine d’une mer qui définit un espace en restructuration depuis la fin de la Guerre froide. Cette nouvelle situation modifie considérablement l’intérêt que les Européens attribuent à cet espace. Celui-ci en effet devient un nouvel enjeu de l’avenir de l’Europe en ce que cette dernière devra se montrer capable de garantir stabilité et sécurité sur ses marges.
L’ « espace » mer Noire apparaît indubitablement sous un jour nouveau à la lumière des événements politiques récents qui ont touché la région. Depuis le démantèlement de l’URSS, de profonds bouleversements sont intervenus dont les plus récents, des révolutions démocratiques intervenues en Géorgie (2003) et en Ukraine (2004-2005) à la crise de l’approvisionnement en gaz russe à l’origine des coupures de janvier 2006, montrent clairement que l’espace politique et économique de la mer Noire est en constant renouvellement et que celui-ci ne peut être envisagé sans prendre en compte le rôle de l’Union européenne dans la région.
Si la proximité géographique permet de définir un espace commun à ces dix Etats, il en va par conséquent tout autrement de l’analyse de leurs interactions et de leurs interdépendances. Celle-ci qui met en effet en valeur une importante hétérogénéité culturelle, religieuse, ethnique, historique, militaire ou encore socio-économique dans la région. Une identité régionale apparaîtrait par conséquent plutôt comme la somme des identités des Etats qui constituent l’espace pontique.
Néanmoins, la confrontation à des problématiques, des intérêts et des objectifs communs, permet à la région de se forger progressivement une identité particulière, notamment depuis la fin de la Guerre froide . La région peut ainsi se définir plus simplement dans le regard des autres, et notamment des Occidentaux depuis le bouleversement stratégique né des événements du 11 septembre 2001. L’importance et l’interdépendance régionales que les Américains et les Européens accordent aux différents Etats de la mer Noire ont en quelque sorte solidarisé ses différentes composantes étatiques et donné une nouvelle impulsion à la coopération régionale.
La fin de l’Empire soviétique a plus précisément enclenché le désenclavement de la région. Déstructurée, celle-ci s’est progressivement recomposée après la chute du communisme sur toutes ses façades : balkanique avec l’explosion de l’ex-Yougoslavie, septentrionale avec les bouleversements en Moldova et en Ukraine, orientale avec les conflits caucasiens, voire méridionale avec l’intégration programmée de la Turquie au sein de l’Union européenne. Elle reste de ce fait très fortement marquée par la présence de graves zones de turbulences. En effet, les régions infraétatiques ont profité du vide postcommuniste pour s’affirmer vis-à-vis d’un centre jusque là omnipotent, avec le retour de mouvements identitaires centrifuges. Dans tous les Etats, les petites républiques ont cherché à s’émanciper, notamment en Russie, en Ukraine, en Moldova et en Géorgie.
Aujourd’hui la mer Noire retrouve progressivement le statut dont elle pouvait jouir du temps de la guerre de Crimée. Le renouveau de l’intérêt stratégique de la zone est donc très récent. Ce sont les élargissements de l’Union européenne et de l’OTAN, mais aussi la question de l’approvisionnement énergétique qui ont fait de la mer Noire un espace stratégique depuis les années 2000, en modérant son image conflictuelle et instable. C’est pourquoi la mer Noire post-Guerre froide tardive est aujourd’hui caractérisée par le croisement encore marginal de trois grands acteurs globaux (les institutions euro-atlantiques, la Russie et les Etats-Unis) et de plusieurs acteurs d’importance régionale (Turquie, Grèce, Ukraine, Géorgie).

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