ans le port ukrainien d'Odessa, qui fut jadis, au temps du cuirassé
Potemkine, un haut lieu de l'agitation révolutionnaire, des files de camions attendent patiemment que leur chargement soit passé aux rayons X avant d'être autorisés à poursuivre leur route. Des chiens viennent renifler les conteneurs pour détecter l'éventuelle livraison clandestine de drogue. Les gardes-frontières et les douaniers font leur travail, comme dans tous les ports du monde, vérifiant marchandises et documents. Rien de particulier à signaler, sinon la présence, aux côtés des fonctionnaires ukrainiens, d'observateurs de l'Union européenne, chargés d'aider et de conseiller les autorités locales.
Leur rôle est d'assurer le bon fonctionnement des contrôles aux frontières de l'Ukraine et de la Moldavie voisine.
"Ils ont une simple fonction d'assistance technique ; la direction des opérations reste, de ce côté de la frontière, entre les mains des Ukrainiens", affirme leur chef, le Hongrois Ferenc Banfi. C'est à la demande conjointe des présidents d'Ukraine et de Moldavie que cette mission a été mise sur pied en décembre 2005 afin de permettre aux deux pays de lutter plus efficacement contre la contrebande, la fraude, les trafics en tout genre et d'améliorer la gestion des frontières en la rapprochant des normes européennes.
Le quartier général de la mission est à Odessa, mais ses experts, au nombre de plusieurs dizaines, issus de seize Etats membres, sont présents à plusieurs postes-frontières, notamment à Kuchurhan, du côté ukrainien, et à Palanca, du côté moldave, où défilent, sous le soleil de juin, des cohortes d'automobiles, de camions et d'autocars. Un groupe de journalistes a été invité par la Commission européenne à se rendre compte sur place du travail de la mission. Ce travail, précise la commissaire aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, vise à assurer la "transparence" des opérations aux frontières.
"Le facteur décisif, affirme Javier Solana, chef de la diplomatie européenne, n'est pas ce que fait l'Union européenne, mais ce que nous faisons ensemble." Cette action commune, soulignent les autorités bruxelloises, symbolise la perspective d'intégration européenne - c'est-à-dire d'étroite coopération, non d'adhésion - offerte, au nom de la politique de voisinage, aux pays de l'ex-URSS. Comme l'indique le porte-parole du ministère ukrainien des affaires étrangères, Vasil Filipchuk, la gestion des frontières est un élément-clé pour un pays qui s'est donné pour objectif le développement de ses relations commerciales au triple niveau régional ("de la mer Baltique à la mer Noire et à la mer Caspienne"), européen et mondial.
La situation est compliquée, sur une partie de la frontière, par la sécession d'une province moldave, la Transnistrie, devenue une zone tampon entre les deux pays et, selon un rapport de la Commission, une "plaque tournante" pour toutes sortes de trafics illicites comme le trafic d'armes, d'êtres humains et de drogue. La République moldave autoproclamée de Transnistrie, soutenue par la Russie, s'est donné sa propre administration. Fortement industrialisée, elle représente la partie la plus riche de la Moldavie. "Tout effort en vue d'un règlement passe par le contrôle moldave de l'ensemble de son territoire douanier", explique la Commission. L'une des ambitions de la mission européenne est d'aider à ce règlement.
Les missions d'assistance aux frontières - il en existe une autre au point de passage entre Gaza et l'Egypte - font partie des opérations de gestion de crise, militaires ou civiles, que mène l'UE dans différentes parties du monde. Ces opérations visent à la fois à renforcer l'image de médiateurs que veulent se donner les Européens et à tenter d'apaiser les conflits qui pourraient, un jour ou l'autre, les déstabiliser.