15.01.2008
LA MER NOIRE : UN CENTRE DE GRAVITE STRATEGIQUE
Questions internationales, juillet-août 2005, n°14, pp. 62-63
Annie Jafalian∗
Située entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’ex-URSS, la mer Noire constitue un centre de gravité stratégique. Théâtre de luttes d’influence, cet espace maritime se distingue par la diversité de ses États littoraux et des ensembles géopolitiques auxquels ils appartiennent : la Russie, acteur majeur de la Communauté des États indépendants (CEI), la Turquie, membre de l’OTAN, la Roumanie et la Bulgarie, futurs adhérents de l’Union européenne, et, enfin, la Géorgie et l’Ukraine, où les « révolutions démocratiques » pourraient contribuer à modifier les équilibres politiques et institutionnels dans la région. Champ de projection de la puissance, la mer Noire est également une zone où les États-Unis déploient leur influence et acquièrent, auprès de certains États riverains, le statut de partenaire stratégique de premier plan.
Dans cet ensemble géopolitique hétérogène, la mer Noire structure-t-elle un ordre régional qui lui est propre ? Zone d’échanges et de transit, elle a servi de fondement à la création d’une organisation singulière : l’Organisation de la coopération économique de la mer Noire (OCEMN). Ayant favorisé le développement de projets variés, cette coopération n’a cependant pas abouti à des actions significatives. En effet, de nombreux différends opposent les États de la région. Aujourd’hui réactivée par certains de ses membres, l’Organisation demeure, de fait, un espace de coopération à géométrie variable et transitoire.
1. La régionalisation de l’espace
C’est à la fin de la guerre froide qu’a été créée, sous l’impulsion de la Turquie, la zone de coopération économique de la mer Noire. Réunis à Istanbul le 25 juin 1992, les représentants de onze États littoraux et voisins de la zone 1 se sont engagés à promouvoir leurs relations économiques – bilatérales et multilatérales – et à faire de leur territoire un espace de paix, de sécurité et de prospérité. Parmi les domaines de la coopération figuraient, en particulier, les moyens de transport et de communication, les énergies et les matières premières, le tourisme et l’environnement.
Depuis, la coopération autour de la mer Noire a progressivement été diversifiée et institutionnalisée. En vertu de la déclaration de Bucarest, signée le 30 juin 1995, les chefs d’État et de gouvernement ont donné une dimension sécuritaire à leur collaboration en définissant de nouveaux
∗ Spécialiste du Caucase et de l’Asie centrale, chargée de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), Paris.
1 L’Albanie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Bulgarie, la Géorgie, la Grèce, la Moldavie, la Roumanie, la Russie, la Turquie et l’Ukraine. Le 16 avril 2004, la Serbie-Monténégro deviendra le douzième État membre de l’OCEMN. Voir http://www.bsec.gov.tr/
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champs d’action : la lutte contre le crime organisé, les trafics illicites (de drogues, d’armes et de matières radioactives) ainsi que le terrorisme. Par ailleurs, au sommet de Yalta du 5 juin 1998, ils ont adopté la charte de l’OCEMN, fondant ainsi une véritable organisation régionale dotée d’institutions propres.
En dépit des efforts entrepris pour consolider l’OCEMN, le bilan de la coopération demeure limité. Certes, la Turquie et la Russie ont largement développé leurs relations, notamment en matière énergétique. Le 15 décembre 1997, la compagnie russe Gazprom a signé un contrat de livraison de gaz avec la société turque Botas pour une durée de vingt-cinq ans. C’est par la voie d’un gazoduc sous-marin traversant la mer Noire, appelé Blue Stream et devenu opérationnel le 29 décembre 2002, que le gaz russe est ainsi acheminé vers le port turc de Samsun. En outre, certains États littoraux de la mer Noire ont créé, le 2 avril 2001, une force de coopération navale, la Blackseafor, chargée d’améliorer la sécurité dans la zone 2. Mais, de manière générale, l’OCEMN s’apparente davantage à un forum de discussion qu’à un réel instrument d’actions communes.
2. Résistances et turbulences
De nombreux différends ont opposé certains États membres de l’OCEMN. La traditionnelle lutte d’influence entre la Turquie et la Russie dans la zone se poursuit. Partenaires obligés, ces deux puissances régionales n’ont pas joué un rôle moteur dans le processus de coopération comparable à celui du couple franco-allemand dans le cadre de l’Union européenne. Au contraire, leurs antagonismes avec certains de leurs voisins se sont cristallisés sur des questions précises : la Russie a été en conflit avec l’Ukraine concernant les conditions d’exportation de son gaz vers Europe, ainsi qu’avec la Géorgie et la Moldavie en raison du stationnement de bases russes sur le territoire de ces républiques. Quant à la Turquie, elle n’a pas ouvert ses frontières économiques ni repris ses relations diplomatiques avec l’Arménie. De fait, la rivalité turco-russe et la polarisation des relations autour de ces deux acteurs ont sensiblement affecté les cadres et l’efficacité de la coopération régionale.
En revanche, certains pays de l’OCEMN ont considérablement renforcé leurs relations avec d’autres organisations internationales. L’OTAN et l’Ukraine ont ainsi signé, le 9 juillet 1997, la charte créant un partenariat distinct entre les deux parties. Le 29 mars 2004, la Roumanie a été le premier État de la zone à devenir membre à part entière de l’Alliance atlantique. De surcroît, à l’exception de la Serbie-Monténégro, l’ensemble des pays de la région a intégré le Partenariat pour la paix de l’OTAN. L’Union européenne, de son côté, a entamé des négociations d’adhésion avec la Roumanie et la Bulgarie dès le 15 février 2000, et devrait procéder de même avec la Turquie à partir du 3 octobre 2005. À travers sa politique de voisinage, elle a également manifesté sa volonté de développer des liens
2 Composée des États suivants : Bulgarie, Géorgie, Roumanie, Russie, Turquie et Ukraine. Voir http://www.blackseafor.org/
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spécifiques avec l’Ukraine, la Moldavie et les républiques du Caucase du Sud.
3. Une coopération réactivée
Si l’OCEMN semble ainsi occuper un rang secondaire par rapport aux autres organisations internationales, l’intérêt et la spécificité de la mer Noire n’ont toutefois pas pour autant été ignorés. Réunis à Istanbul le 28 juin 2004, l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OTAN ont noté « l’importance de la région de la mer Noire pour la sécurité euro-atlantique » 3. De même, l’Union européenne a évoqué le cas particulier de cet espace maritime dans le cadre de certains de ses programmes – en matière de transport (TRACECA, PETRA 4), dans le domaine des approvisionnements énergétiques (INOGATE, BREC 5), en ce qui concerne l’environnement (BSEP, DABLAS 6), etc.
Reconnue au niveau international, l’OCEMN, initialement promue par la Turquie, a même été réactivée par différents États de la région. En visite officielle à Washington le 9 mars 2005, le chef de l’État roumain a annoncé avoir discuté de la mer Noire avec son homologue, George W. Bush. Le 25 mars 2005, les présidents de la Géorgie et de l’Ukraine ont signé une déclaration conjointe appelant au développement de « l’axe entre la mer Baltique et la mer Noire ». Cet axe pourrait se matérialiser par une collaboration accrue entre les deux pays en matière énergétique, notamment en vue d’exporter le gaz et le pétrole de la mer Caspienne vers l’Europe. La Grèce, pour sa part, s’est fait le porte-parole d’une approche régionale de l’Union européenne vis-à-vis de la mer Noire. Présidente en exercice de l’OCEMN, elle a assuré le patronage d’une première rencontre entre les hauts représentants des deux organisations à Bruxelles, le 11 avril 2005.
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Quel sens donner à la coopération autour de la mer Noire alors que cet ensemble régional demeure divisé, privé de réalisations majeures et moins attractif que l’OTAN et l’Union européenne ? La mer Noire apparaît comme l’argument stratégique que certains États de la région font valoir afin de favoriser leur ancrage ou leur adhésion au sein des structures euro-atlantiques. Selon les termes de la charte constitutive de l’OCEMN, la coopération fait explicitement « partie du processus d’intégration à l’Europe ». Face à la persistance et à l’ampleur des conflits intrarégionaux, cette étape transitoire vers un rapprochement vis-à-vis de l’Europe que représente la coopération autour de la mer Noire sera probablement longue et mouvementée.
3 Sommet d’Istanbul, 28-29 juin 2004, communiqué de presse des chefs d’État et de gouvernement, http://www.nato.int/docu/pr/2004/p04-096e.htm
4 TRACECA (Transport Corridor Europe-Caucasus-Asia), PETRA (Pan European Transport Network).
5 INOGATE (Interstate Oil and Gas Transport to Europe), BREC (Black Sea Regional Energy Center).
6 BSEP (Black Sea Environmental Program), DABLAS (Danude-Black Sea Task Force) 3
QUESTIONS INTERNATIONALES
Pour en savoir plus
• Terry Adams, Michael Emerson et Laurence Mee, Europe’s Black Sea Dimension, Centre for European Policy Studies, Bruxelles, 2002
• Ronald Asmus, Konstantin Dimitrov et Joerg Forbrig (dir.), A New Euro-Atlantic Strategy for the Black Sea Region, The German Marshall Fund of the United States, Washington DC, 2004
• Mustafa Aydin, « Europe’s Next Shore: The Black Sea Region after EU Enlargement », EU Institute for Security Studies, Occasional Paper, n° 53, juin 2004
• Célia Chauffour (dir.), « Sur les rives de la mer Noire », Regard sur l’Est, n° 33, avril-juin 2003
• Oleksandr Pavliuk et Ivanna Klympush-Tsintsadze (dir.), The Black Sea Region: Cooperation and Security Building, East-West Institute, Armonk, 2004
• Elisabeth Sieca-Koslowski et Alexandre Toumarkine, Géopolitique de la mer Noire, Karthala, Paris, 2000
• Yannis Valinakis, « La région de la mer Noire : défis et opportunités pour l’Europe », Cahiers de Chaillot, n° 36, juillet 1999
• « La zone de coopération économique des pays riverains de la mer Noire », Cahiers d'études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien (CEMOTI), n° 15, janvier-juin 1993
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Le nouveau « Grand jeu » en mer Noire
| Ce qui caractérisait, au début du siècle dernier, ce qu’il est coutume d’appeler couramment le « Grand jeu », à savoir une forte odeur de pétro-dollars sortis des puits prometteurs de la mer Caspienne, déversés au profit de quelques entrepreneurs anglo-saxons visionnaires est peut-être en train de se rejouer sous nos yeux. |
La crise balbutiante autour de la défense anti-missile devrait ainsi voir cette région être au centre d’un net refroidissement des relations entre la Russie, qui souhaite profiter de son offre de mettre à la disposition de la " communauté internationale" une base en Azerbaïdjan, l’Europe, acteur grandissant dans la région et les Etats-Unis, qui souhaitent y ancrer davantage l’OTAN comme gage de leur influence militaire et économique dans cette région pivot entre Europe et Asie.
Les adhésions de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’Union européenne, ne peuvent ainsi être déconnectées avec leurs entrées anticipées, en mars 2004, à l’OTAN. N’oublions pas non plus, dans ce contexte, la Géorgie qui souhaite intégrer l’Alliance atlantique d’ici 2009 et l’Ukraine d’ici 2011. Le prochain Sommet de l’Alliance atlantique en 2008, à Bucarest, évoquera bien évidemment toutes ces questions cruciales pour la pérennité de l’Alliance.
L’élargissement de l’UE au cœur de la géopolitique de la mer Noire
La tenue à Bucarest, les 4 et 5 juin 2006 du Black Sea Forum a relancé la dynamique de l’intégration régionale, à l’instar du Conseil de Coopération de la Mer Noire - CCMN, réunissant onze Etats (Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Bulgarie, Géorgie, Grèce, Moldavie, Roumanie, Fédération de Russie, Turquie, Ukraine). En effet, la "Déclaration du Bosphore" du 25 juin 1992, qui créait le CCMN avait signifié à la fois une volonté d’émancipation de l’ex-puissance tutélaire soviétique, pour qui le début des années 1990, signifiait l’inéluctable divorce et le désir pour les pays riverains d’intégrer la communauté euro-atlantique. C’est là un exemple d’intégration régionale sur lequel l’UE devra s’appuyer à l’avenir. On évoque même une euro-région de la Mer noire laissant la porte ouverte aux nouveaux membres après l’intégration, le 1er janvier 2007, de la Roumanie et de la Bulgarie.
L’évolution des frontières communautaires depuis cette date, doit donner lieu à une réflexion approfondie sur les intérêts de l’Union sur ses frontières orientales, en particulier avec la Russie. Les conflits dits "gelés" autour de la Mer Noire et dans le Caucase, ainsi que les différends énergétiques et commerciaux entre la Russie et ses voisins (Pologne, Belarus, Ukraine) concernent désormais directement l’Union Européenne. Par ailleurs, les recompositions nationales dans les Balkans occidentaux demeurent une source de préoccupations (indépendances du Monténégro et du Kosovo, radicalisation de la Serbie et de la Russie par rapport à cette épineuse question).
Dans ce contexte, l’intérêt manifeste de la Roumanie pour la zone de la mer Noire et la logique de l’intégration régionale actuellement en cours tels que l’a exprimé le Président Traian Basescu (à travers l’élargissement du GUAM regroupant la Géorgie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan et la Moldavie depuis le milieu des années 90 et peut-être la Roumanie à la fin de 2007, qui avait exprimé son souhait d’intégrer l'Organisation pour la démocratie et le développement économique, lors de la réunion de Bakou en mai 2006) sont de nature à faire évoluer le regard des Européens sur cette zone.
De ce point de vue, l’intérêt de l’UE se manifeste par la politique européenne de voisinage (PEV), lancé en mai 2004, visant à créer un lien de solidarité avec les Etats riverains tant avec ceux de la mer Méditerranée que de la mer Noire (Algérie, Biélorussie, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Moldavie, Maroc, Syrie, Tunisie, Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie et l’Autorité palestinienne).
L’UE a d’ailleurs décidé de se pencher sur l’espace stratégique de la mer Noire, en élaborant le document "Synergie de la mer Noire" qui a été adoptée le 14 mai dernier au niveau des ministres des Affaires étrangères de l’UE en vue de la rédaction par la Commission européenne au premier semestre de 2008 d’un rapport sur le développement de cette initiative, confirmant ainsi l’intérêt oriental manifesté par la Présidence allemande, particulièrement soucieuse d’une coopération suivie avec la Russie, la Turquie et avec les NEM orientaux, dans le cadre de la Politique européenne de voisinage. L’UE a ainsi sollicité d’être membre observateur de l'Organisation de coopération économique de la mer Noire (OCEMN).
Ce document d’une portée non négligeable, indique clairement l’intention de pérenniser des rencontres régulières entre ministres des Affaires étrangères des Etats de la région (Roumanie, Bulgarie, Grèce, Russie, Turquie, Ukraine, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Moldavie) aux côtés de la Troïka de l’UE, du Haut-Représentant pour la PESC et du Commissaire européen aux Affaires extérieures.
La mer Noire au cœur d’une nouvelle confrontation de Puissances ?
Les sujets autour de la stabilité régionale ne manquent donc pas : promotion des droits de l’Homme, lutte contre l’immigration clandestine et les trafics en tout genre (en premier desquels les armes légères et la drogue), règlement des conflits "gelés" (Ossétie du Sud en Géorgie, abkhazie où Moscou maintient un contingent de "casques verts", celui du Nagorny - Haut Karabakh opposant l’Arménie à l’Azerbaïdjan ou encore en Transniestrie en Moldavie - où stationnent 12 000 soldats russes), protection des approvisionnements énergétiques pétroliers et gaziers en provenance de la mer Caspienne et transitant soit par cargo ou oléoducs, à, l’instar du BTC, du nom de l’oléoduc partant de Bakou, transitant par la Géorgie et aboutissant à Ceyhan en Turquie)
Par ailleurs, le cadre de la Déclaration de Borjomi, signée par les présidents géorgien Mikhaïl Saakachvili et ukrainien Viktor Iouchtchenko, le 12 août 2005, annonçant la création d’une "Communauté de choix démocratique", allant de la mer Baltique à la mer Caspienne et s’inscrivant dans la foulée des révolutions dites "colorées"( "révolution de la rose" en Géorgie en 2003, "révolution orange" en Ukraine en 2004) est un autre facteur qui pose le cadre géopolitique régional, tout en étant fortement nuancée par les espoirs déçus de renouvellement démocratique.
Il s’agit également d’un débat qui s’inscrit dans une thématique beaucoup plus large qui implique les liens tout à fait particuliers qui unissent les pays à l’Union européenne, mais bien évidemment aussi la Russie puisque la géopolitique des hydrocarbures, l’indépendance des sources d’approvisionnements énergétiques ainsi que l’équilibre des puissances dans la région (caractérisée par une présence américaine de plus en plus forte, marquée par la présence de plusieurs bases de l’OTAN en Roumanie et en Bulgarie) a, semble-t-il, apporté de nouveaux éléments stratégiques.
En témoigne l’action déterminée des forces navales roumaines, bulgares, turques et ukrainiennes dans le cadre de l’opération Active Endeavour, des exercices menés par l’Otan en mer Noire. Le dernier en date s’étant tenu en juin 2006, signe l’extension à la mer Noire de l’opération antiterroriste - et ce malgré une réticence certaine de Moscou à cette extension. Il est néanmoins significatif qu’au début de l’année 2006, deux navires russes de la Flotte de la mer Noire aient pris part à Active Endeavour en Méditerranée. Il faut également mentionner l’activation possible de la BlackSeaFor, contre le terrorisme international, eu égard à la menace que ce dernier fait peser sur la sécurité des approvisionnements énergétiques, éléments stratégiques, dont l’UE a pleinement pris conscience, enfin !
La Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD), notamment à travers les groupements tactiques (Battle Groups 1500), semble également caractériser la volonté européenne d’élargir ses capacités d’action diplomatiques et militaires dans la zone, ainsi que les dispositifs en matière de "Nation cadre" pour la conduite d’une opération autonome de l’Union, qui pourraient la voir s’associer la Roumanie, l’Italie, la Grèce, la Slovénie et la Bulgarie et Chypre sur le flanc Est de l’UE et de l’OTAN, traduisant ainsi une volonté d’élargissement des capacités de réaction rapides (air et mer) à la fois dans les Balkans, la Méditerranée orientale et la mer Noire, nouvel enjeu stratégique, face à de situations d’urgence…
En même temps, la renaissance d’un certain "volontarisme" russe au Caucase Sud comme dans l’ensemble de la région, réaffirme-il aussi la prégnance de l’intérêt européen pour garantir la stabilité régionale et ce par l’entremise de sa Politique Européenne de Voisinage (PEV).
Les différentes phases d’élargissement ont ainsi eu, pour effet de mettre l’UE plus proche des zones de troubles (Transniestrie, Irak-Iran, Syrie, Caucase du Sud…) dans le cadre de menaces plus variées, diffuses, moins visibles et donc de moins en moins prévisibles.
L’Union Européenne traverse donc une phase de recomposition essentielle à son adhésion par les Etats de son voisinage immédiat (Rive sud de la Méditerranée, Balkans occidentaux, pourtour de la mer Noire) et plus lointain (Caucase, mer Caspienne et Asie centrale). La création du Conseil régional de coopération en Europe du Sud-Est avalisée lors du Sommet de Zagreb du 11 mai 2008, confirme la place de l’intégration euro atlantique dans l’agenda des Etats des Balkans orientaux et occidentaux, confirmant ainsi la portée de la PEV (dans la foulée du South East European Cooperation Process - SEEC -, créé en 1996 réunissant l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Grèce, la Turquie, la Macédoine, la Roumanie, la Serbie, le Monténégro)
Le risque est ainsi grand, qu’après la mer Méditerranée, ce ne soit en mer Noire que se livre l’affrontement latent d’influences entre les Etats-Unis, puissance globale qui vise à préempter un espace qu’elle juge stratégique pour ses partenaires (ne serait-ce que parce que cela lui assure un Hinterland indispensable à la présence de ses troupes en opérations un peu plus à l’Orient), une Russie, dont la fin du reflux est une évidence - caractérisée, entre autre, par la fermeté réaffirmée au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies - et l’Europe qui cherche à faire comprendre qu’elle n’est pas simplement un espace économique et monétaire.
Ce sera sans doute aussi un des principaux enjeux de la Présidence française de l’Union au cours du deuxième semestre 2008.
Emmanuel Dupuy est Président de l'Institut Prospective et Sécurité de l’Europe (IPSE)
http://www.ipse-eu.org
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13.01.2008
BLACK SEA BASIN REGIONAL PROFILE:THE SECURITY SITUATION AND REGION-BUILDING OPPORTUNITIES
BLACK SEA BASIN REGIONAL PROFILE:
THE SECURITY SITUATION AND REGION-BUILDING OPPORTUNITIES
(October - December 2003)
© Institute for Security and International Studies (ISIS), Sofia
Research Study 20
Hard Copy: ISSN 1311 – 3259
AN ISN SPONSORED QUARTERLY ELECTRONIC PERIODICAL
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I. INTRODUCTION
II. Profile Background of the Black Sea-Caspian Sea Area
1. Geopolitical, Geoeconomic, and Geostrategic Tendencies
2. Terrorism/Post-Conflict Rehabilitation in Afghanistan and Iraq
3. The Threat of Nuclear Proliferation
4. Other Sources of Conflict in the Black Sea-Caspian Sea Region
III. CONFLICT AND POST-CONFLICT DEVELOPMENTS IN THE BLACK SEA AREA
1. Chechnya
2. Transdniester
3. Conflicts in the Caucasus
4. Nagorno Karabakh
IV. THE NATIONAL PERSPECTIVES: SPECIFIC DEVELOPMENTS
V. BILATERAL AND MULTILATERAL RELATIONS IN THE BLACK SEA REGION, STATE OF CIS AND GUUAM
1. Bilateral Relations
2. GUUAM
VI. STATE OF THE BLACK SEA REGIONAL COOPERATION AND THE ROLE OF EU AND NATO
1. Economic Aspects of the Black Sea Cooperation: National and Regional Perspectives
2. Political and Security Aspects of Black Sea Regional Cooperation and EU and NATO/PfP Activities
VII. OTHER EXTERNAL FACTORS - STATES AND INSTITUTIONS INFLUENCING THE BLACK SEA REGION: US
VIII. CONCLUSIONS
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I. INTRODUCTION
US President George Bush and British Prime Minister Tony Blair, in a joint statement on 20 November in London, urged all nations to join together in a common purpose, put aside temporary disagreements, and recognize the responsibility to work for the common good in the world. They underlined that ‘our tasks are great, but so are our capabilities, when we work together’. They added that ‘effective multilateralism, and neither unilateralism nor international paralysis, will guide our approach.’
There are great challenges, but also great opportunities to apply the ‘effective multilateral’ approach to the multitude of issues in the Black Sea – Caspian Sea region, where two geoeconomic, geostrategic, and geopolitical transport corridors intersect, namely the East –West (the Transport Corridor Europe Caucasus Asia, TRACECA) and the North-South corridors. A more practical formula for an effective multilateral approach could involve balancing the economic interests of all actors in the region as well as achieving a cooperative security partnership of states with different levels of democratic maturity, but interested in providing stability and security in the area.
The last quarter of 2003 showed examples of this formula being realized, as well as tendencies in the opposite direction that cannot change the general trend of agreed efforts of preserving stability and utilizing various opportunities of region-building performance.
Some examples include the continuing “fight against terrorism”, support of the post-conflict rehabilitation efforts in Afghanistan and Iraq, and successes in countering the nuclear proliferation dangers. Though differences persist in the fundamental approaches to the occupation of Iraq, and although the Iraqi resistance is carrying out attacks on occupation forces as well as innocent passers-by on a daily basis, the minor and major successes such as the arrest of Saddam Hussein have added to the gradual progress of the country.
Secondly, the oil and gas energy issues and the Caspian Sea delimitation activities proceeded with a mixture of conflicting and cooperative interests of the participating parties, but without producing threats to security.
Thirdly, the conflicts in the Caucasus continued to produce broader negative side-effects on the general development of the societies and economies of the region. There is also a rising international awareness that the conflicts in Nagorno-Karabakh, Transdniester, and Chechnya require more and more local engagement to stop blocking the progress of the region.
Fourth, the election results in Azerbaijan, Georgia, and Russia in the last months displayed both signs of democratic improvement and of democratic deficit. In the case of Georgia, the latter provoked a revolution that ended the rule of Edward Shevardnadze in a peaceful, non-violent way.
Fifth, the involvement of international financial institutions in practical projects of improving the economic situation keep the reform spirit alive and show new aims for local political energy and initiative.
Sixth, the Organization of the Black Sea Economic Cooperation (BSEC), the EU, and NATO have induced positive integration initiatives in the last months, showing that cooperation can triumph over diverging interests. Thus, for example, the developing NATO-Russia relations should facilitate the achievement of practical interoperability of forces in 2004. The US continued to be especially active in developing relations with countries from the Black Sea-Caspian Sea region.
II. Profile Background of the Black Sea-Caspian Sea Area
1. Geopolitical, Geoeconomic, and Geostrategic Tendencies
1) USA-China. (1) On 15 October China sent its first astronaut (or ‘taikonaut’), Yang Liwei, into space. He returned on 16 October after orbiting the Earth 14 times in 21 hours. On that same day, Lieutenant-General Edward Anderson, deputy commander of US Northern Command and formerly at Space Command, said at a geo-spatial intelligence conference in New Orleans that space may become a war zone in the near future. Another top-level US defense intelligence expert and former special assistant for intelligence to Defense Secretary Donald Rumsfeld, Richard Haver, mentioned earlier that day that the ability to launch devices into space is rapidly becoming a multinational activity. (2) On 9 December Chinese Prime Minister, Wen Jiabao visited the US and met with US President George Bush. Bush criticised in public Taiwan’s plans to hold a referendum on the threat posed by Chinese missiles. Obviously this new US position vis-à-vis the PRC and ROC controversy has been induced by the strategic advantage of having continental China as a strong ally in the fight against terrorism and WMD proliferation. The US expects Beijing to be helpful and effective in the diplomatic efforts to dismantle North Korea’s nuclear weapons. Nevertheless, Washington left China off the list of 63 nations allowed to bid for US-funded contracts in Iraq.
2) US-Russia. On 2 December the Bush administration made a significant step toward adjusting its policy to fit the reality of Russia’s recent behavior in Moldova and Georgia. US Secretary of State Colin Powell addressed an OSCE meeting in Maastricht and criticised President Putin’s government for failing to meet its commitment to withdraw troops by the end of this year from Moldova and Georgia. Colin Powell opposed Russian efforts to influence the internal affairs of these two former Soviet republics. Russia blocked the adoption of an OSCE resolution that backed Powell’s comments, but the Russian delegation was isolated in the multilateral forum. Russia is obviously trying to win back its dominant position over the territory of the former Soviet Union. However, its efforts meet opposition from neighboring states and the expanding NATO and EU.
2. Terrorism/Post-Conflict Rehabilitation in Afghanistan and Iraq
1) Afghanistan
a. Canada-Russia-ISAF. On 6 October Russian Defense Minister Sergei Ivanov told Canadian Defense Minister John McCallum that Moscow was ready to provide intelligence to Canada to help avert attacks such as the land mine blast that killed two Canadian peacekeepers in Kabul the week before. Canada has 2’000 soldiers as part of the NATO-led peacekeeping force in Afghanistan (ISAF).
b. UN-NATO. The UN Security Council voted unanimously on 13 October to adopt Resolution 1510 to expand the size and mandate of ISAF in Afghanistan beyond Kabul. NATO had informed the Security Council earlier in October that planning to extend the force beyond the capital was completed, and that many countries were ready to contribute additional troops to the mission.
c. NATO-ISAF. On 1 December, NATO finally agreed to send more helicopters and military personnel to Afghanistan. “If we do not stay the course”, NATO Secretary-General George Robertson said, “Afghanistan and its problems will appear on all our doorsteps.” The warning and the decision came after a meeting between Robertson and US Secretary of Defense Donald Rumsfeld.
2) Iraq.
a. Japan. (1) On 17 November, US President George Bush and Prime Minister Junichiro Koizumi of Japan held talks on joint reconstruction efforts in Iraq. Japan has pledged US$1.5 billion in financial assistance during 2004 for this reconstruction. (2) On 9 December the Japanese cabinet decided to send a military contingent of 500-700 troops for a humanitarian and rescue mission in southern Iraq in 2004. In early November, an announcement declared in an Arabian newspaper to have been released by the al-Qaida group named Japan as a target for attacks. At the end of November, two Japanese diplomats were killed in in Iraq.
b. Ukraine. (1) Three land mines wounded seven Ukrainian soldiers from the Polish-led multinational division operating south of the capital Baghdad on 28 October. Their two armored vehicles were destroyed by the mines during a night patrol. (2) On 11 November, the top Ukrainian officer in Iraq, Major-General Anatoliy Sobora, said that Ukrainian troops in charge of policing a stretch of Iraq’s frontier with Iran were planning to boost their patrols early next year to crack down on illegal border crossings. Ukraine has 1’700 troops that are part of the Polish-led multinational force responsible for security in south central Iraq. Ukraine will add 10 more helicopters to the 10 now in operation in Iraq.
3) Chechen Terrorism in Russia.
(1) On 1 December Russia slammed Britain for granting asylum to leading Chechen rebel Akhmed Zakaev, saying the move raised doubt about the British government’s commitment to the fight against terrorism. Moscow has accused Zakaev of murder and kidnapping incidents in 1994-96. (2) On 5 December, terrorists linked by the Russian authorities to Chechen extremists caused the death of more than 40 and wounded some 200 Russian citizens, mostly students and children, traveling with a train from Kislovodsk to Mineralniye vody in southern Russia. Three women and one man were suspected of having carried out the suicide bombing. The tragedy happened early morning near the town of Essentuki. Two of the female suicide bombers reportedly jumped from the train before the blast. The homemade bomb aimed to cause as much loss of human life as possible – it has been filled with nails, bolts, and screw-nuts. The second car of the train was totally destroyed. This was the second blast on the Kislovodsk-Mineralniye vody railway after 3 September, when two bombs were detonated under the train, killing six and injuring 92 passengers. According to Russian President Putin, it was an attempt to destabilize the country on the eve of the 7 December parliamentary elections. World leaders and the UN authorities condemned the attack. (3) On 9 December, two female suicide bombers with alleged Chechen connections killed themselves and six other people in downtown Moscow near the Kremlin. Another 13 were wounded by the blast. A second, more powerful bomb did not detonate, and thus the effect was limited. Putin claimed that terrorizing Moscow was aimed against the market economy, democracy, and the integrity of the country. (4) On 15 December, alleged Chechen terrorists entered into Dagestan, a republic bordering on Chechnya, and killed 9 Russian border guards. Then they took four hostages from a local hospital. Special Russian Ministry of Interior forces counter-attacked, but with no success in catching the intruders.
3. The Threat of Nuclear Proliferation
1) Iran-IAEA. On 29 September, the EU warned Iran that lucrative trade ties could be in jeopardy if the Islamic Republic failed to restore international oversight of its nuclear program. The EU foreign ministers insisted that Iran must accept tough inspections of its facilities and refrain from fuel enrichment, which could be used to produce fissile material for nuclear weapons. On 17 November, EU Foreign Policy Chief Javier Solana said that Iran had been honest about its nuclear program, and should not be reported to the UN Security Council for potential sanctions. On 24 November, the US struck a deal with France, Germany, and Britain on a UN resolution that condemns Iran for hiding its nuclear program in the past, but encourages its new policy of honesty. The 35-member board of the IAEA agreed on 26 November on a resolution that condemned Iranian clandestine nuclear program, but refrained from reporting it to the UN Security Council where it could face sanctions. The head of the IAEA, Dr Mohamed ElBaradei, said any future failure to comply on the part of Iran would not be tolerated. On 10 December, the Iranian government agreed to sign an international protocol binding it to tough snap inspections of its nuclear facilities. The Foreign Ministry of Iran was given permission by the cabinet to let the Iranian representative to the IAEA in Vienna sign the Additional Protocol to the NPT. In the next step, the Iranian parliament will ratify the bill, although the implementation will start before the ratification.
2) US-Russia. US Energy Secretary Spencer Abraham and Russian Atomic Energy Minister Aleksandr Rumyantsev on 7 November signed a joint statement in Washington that reaffirmed the two countries’ commitment to the common objective of reducing and ultimately eliminating, to the extent possible, the use of highly-enriched uranium (HEU) in civil nuclear activity by returning to Russia all HEU of Russian origin scattered throughout the former Soviet Union. This would reduce the global stockpile of easily available weapons-grade material. The statement will serve as the basis for a future treaty between the two countries. One immediate goal of the agreement is to collect and return Russian-supplied fuel from more than 20 research reactors in 17 countries. There are plans to convert the reactors from using HEU into using low-enriched uranium.
4. Other Sources of Conflict in the Black Sea-Caspian Sea Region
1) The Delimitation of the Caspian Sea.
In early October, the lower chamber of the Kazakh parliament ratified the trilateral agreement on delimitating the Caspian Sea bottom negotiated with Russia and Azerbaijan in May 2003. The agreement links the three bilateral agreements on the issue. The three riparian states argue that the sea bottom should be divided proportionally to the length of the coastlines of each country. Iran disagrees and insists on an equal share for all coastal states.
2) Oil and Gas Issues.
a. Kazakhstan-China. The Kazakhstan state oil company said on 9 October that its Chinese counterpart had agreed to finance a US$800 million oil pipeline from western Kazakhstan to northwestern China. Construction will begin in mid-2004. A similar deal between Russia’s Yukos corporation and China on supplying Siberian oil has not yet been approved.
b. Gazprom. In the last days of November, Russian President Vladimir Putin announced that the complex two-tiered share structure of Gazprom, the world’s greatest supplier of natural gas, could be revamped within a matter of months rather than years to allow foreigners more access. Mikhail Khodorkovski, a symbolic figure of Russian capitalism, was arrested in October on charges of tax evasion. Gazprom could easily become the largest company in the emerging markets, according to financial experts. Gazprom provides 25 per cent of western Europe’s natural gas and is planning to become the major gas supplier to China and Japan, as the world looks for alternative fossil fuel sources and tries to avoid the unstable Middle East. The Russian government owns 38 per cent of Gazprom.
c. Yukos-Sibneft. In early December, the two giant Russian oil producers Yukos and Sibneft confirmed their ‘divorce’ after an initial merger attempt in April 2003. Whether or not the merger was actually completed is still unclear – a factor that has special legal consequences for the separation. The Russian anti-monopoly institutions had already approved the deal in August, but a few weeks later, the merger was halted after the arrest of two leading Yukos shareholders and managers, Platon Lebedev and Mikhail Khodorkovski.
III. CONFLICT AND POST-CONFLICT DEVELOPMENTS IN THE BLACK SEA AREA
1. Chechnya. On 5 October the Russian-backed candidate for president of Chechnya and only contender in the elections, Akhmad Kadyrov, won the presidential vote with more than 80 per cent. The intention of the government in Moscow was to portray the elections as a sign of normalization in the separatist republic. Chechen rebels dismissed the elections as pointless and vowed to press on with their fight to turn Chechnya into an independent state.
2. Transdniester. The opposition in Moldova held street demonstrations to derail a peace deal over breakaway Transdniester and to protest against a visit by President Putin to Chisinau on 25 November, saying that the plan for federalization would turn Moldova into a Russian protectorate. Moldovan President Vladimir Voronin dropped the plan at the last minute, citing lack of support from the OSCE. The failure of the plan was attributed to the pro-Romanian and anti-Russian Christian-Democratic People’s Party and its charismatic leader, Iure Rosca. On 1 December at the OSCE Maastricht meeting, the Moldovan president accepted US Secretary of State Colin Powell’s idea of stationing international peacekeeping forces in Transdniester. Moldovan Foreign Minister Nikolae Dudeu called on Russia to withdraw its military troops from his country. The Russian foreign minister replied that Moscow was only maintaining a contingent of 200 soldiers for warehouse protection purposes. In fact, Russia still maintains 1’600 troops and 20’000 tons of weaponry in Dniester, the remnants of the Soviet 14th Army.
3. Conflicts in the Caucasus. The Patriarch of the Russian Orthodox Church, Alexei II, met with the Patriarch Catholicus of Georgia, Ilya II; the head of the Spiritual Board of Muslims of the Caucasus, Allahshukur Pashazade; and with the Supreme Patriarch and Catholicus of the Armenians, Garegin II, in Moscow on 26 November. They discussed ways to resolve the many conflicts in the Caucasus. The religious leaders of Russia, Georgia, Azerbaijan, and Armenia have discussed these problems four times– the last time in 2000.
4. Nagorno Karabakh. In the beginning of December, the co-chairs of the OSCE Minsk Group from Russia, France, and the US met with the ‘president’ of the un-recognized republic of Nagorno-Karabakh in Stepanakert, Arkadyi Gukasian. He insisted on joining the negotiations with the representatives of Armenia and Azerbaijan and on participating in the shaping of a lasting solution to the conflict. He said the propaganda war between the two countries was particularly counterproductive. At the same time, Armenian President Robert Kocharian discussed the Nagorno-Karabakh issue and Armenia’s Euro-Atlantic integration with EC President Romano Prodi in Brussels.
IV. THE NATIONAL PERSPECTIVES: SPECIFIC DEVELOPMENTS
1. Russia. (1) On 2 October, Russian Defense Minister Sergei Ivanov unveiled the draft, or rather ‘discussion paper’, for a new Russian military doctrine. At the unveiling, President Vladimir Putin said that the period of radical reform was over, and that by 2007 Russia would have a rapid-reaction force and would completely have moved from a conscript to a contract-based army. He reaffirmed that Russia reserves the right to resort to pre-emptive military strikes, because the US also practices this policy. The redeployment of SS-19 heavy nuclear missiles would help to reduce the numbers in service, while maintaining an effective nuclear deterrent. Much confusion arose from the doctrine’s warning that if NATO remained a military entity with an offensive military doctrine, Russia would radically revise its own military planning and organization. At the NATO Defense Ministers’ meeting in Colorado Springs, Ivanov said there was no thought or even talk of using nuclear weapons first. He added that Russia views the US as a partner in fighting new security threats such as terrorism and the spread of WMD, and also in possible missile defense projects. Russia will not change its military posture in response to what is regarded as ‘an offensive NATO military doctrine’. In a parallel development that was probably not completely coincidental, the president of the council on Foreign and Defense Policy (a non-governmental expert group), Sergey Karaganov, called the new doctrine ‘not a doctrine, but a collection of ideas from the Defense Ministry on this and that – a mix of rhetoric, of new ideas and old ones’. (2) On 23 October Russia established its first military base in another country since the demise of the Soviet Union in 1991. Presidents Putin and Askar Akaev of Russia and Kyrgyzstan inaugurated the airbase in Kant, 20km east of Bishkek, the capital of Kyrgyzstan. (3) At the parliamentary elections in Russia on 7 December, the pro-presidential party United Russia won 36.84 per cent of the votes, the Communist Party of the Russian Federation rated second with 12.74 per cent, the Liberal Democratic Party of Russia of Vladimir Zhirinovsky ended with 11.8 per cent, and the new left and patriotic party Rodina with 9.02 per cent. The Yabloko party of Grigoriy Yavlinsky with 4.3 per cent and the Union of the Right Forces (URF) of Boris Nemtsov with 3.9 per cent did not pass the 5 per cent hurdle. The current trend in the Russian political system indicates a return to a one-party system, with relations between the president and the parliament that are similar to the Brezhnev era. The media and the judicial system have also displayed a pro-presidential shift, diminishing the balance of powers in Russian society. The leaders of the URF warned on 20 December that they might boycott the upcoming presidential elections in March 2004 due to undemocratic pressure on the media by the government.
2. Azerbaijan. The presidential election in Azerbaijan on 15 October was generally well administered in most polling stations, but the overall election process still fell short of international standards in several respects, a joint statement by the International Election Observation Mission in Baku of 16 October said. The shortcomings included irregularities in the counting and tabulation, intimidation, unequal conditions for candidates during the campaign, and serious restrictions on political rallies. The positive aspects of the campaign included the plurality of candidates, public participation in the campaign, rights of opposition candidates, the election code safeguards, and the quick publication of results. The observer mission was deployed by the OSCE and the Council of Europe. The bitter taste of dynastic succession in Azerbaijan (the winner was, of course, Ilham Aliev, the son of the late Heidar Aliev) is partly offset by the willingness of Azerbaijan to participate in security arrangements in the region of the Caspian Sea and beyond.
3. Georgia. (1) Parliamentary elections were held in Georgia on 2 November. On 3 November, the Georgian authorities declared that the counting of votes would continue at least for the next 20 days. International observers reported shortcomings in the elections. On 4 November, the US ambassador to Georgia also reported irregularities in the elections. On 14 November, 20’000 demonstrators called on President Eduard Shevardnadze to resign. On 20 November, the political party of Shevardnadze was named winner in the elections, while the US declared that the election results had been falsified. On 21 November, 50’000 demonstrators called for Shevardnadze’s resignation. On 22 November. the demonstrators stormed the parliament building, and President Shevardnadze declared ‘a state of emergency’ in the country. Shevardnadze resigned on 23 November at 6:30pm. The military stood aside when protesters seized the parliament and the opposition protest leader Mikhail Saakashvili called the ousting of the president a “rose revolution”. Many world leaders, including those in Washington, D.C., voiced support for Nino Burdzhanadze, speaker of the outgoing parliament and acting head of state until new elections. Saakashvili is the leading candidate for Georgia’s presidency. The Georgian High Court on 25 November decided to annul the results of the parliamentary elections of 2 November. The Georgian Parliament decided on that day to set a new presidential election for 4 January. On 28 November, Georgian Foreign Minister Irakli Menagarishvili resigned and was replaced in the interim by his first deputy, Merab Antadze. Tedo Japaridze, the former head of Georgia’s national security council, was confirmed by the parliament to the top foreign relations post. The new Georgian foreign minister pledged to work closely with both the US and Russia. On 5 December, US Secretary of Defense Donald Rumsfeld arrived in Georgia. He appealed on Russia to close its two military bases with 3’000 soldiers in Georgia. Russia plans to leave the base in ten years, while Tbilisi insists it must be evacuated within three years. The new leaders of Georgia thanked Rumsfeld for supporting their country. (2) Former Georgian President Edward Shevardnadze and Russian Foreign Minister Igor Ivanov declared, independently of one another, that the overthrow of Shevardnadze had been planned and implemented by US Ambassador to Georgia Richard Miles and the Soros foundation in Tbilisi. Foreign Minister Ivanov admitted that the destabilization of Georgia was in nobody’s interest. This has also been the US position. Georgia is a neighbor of Russia in the troubled Caucasus and the Baku-Tbilisi-Ceyhan (BTC) oil pipeline that passes through the country was sponsored and supported by Washington. It was noticeable that influential powers in the region, such as the EU and Turkey, did not intervene in any meaningful way in the Georgian developments. Armenia displayed a similar attitude. Probably, fear of escalating US-Russian competition in the country and the region deterred them from taking sides in the evolving events in Georgia.
No matter what the new government in Georgia wants to accomplish, it will face the grave issues of corruption, clan warfare, secession, and a ruined economy. Georgia has many features of a fractured state and a huge potential for turning into a failed one. The non-violent power handover may provide the opportunity of de-accelerating the negative processes and turning the tide in the years to come.
V. THE BILATERAL AND MULTILATERAL RELATIONS IN THE BLACK SEA REGION, STATE OF CIS AND GUUAM
1. Bilateral Relations
a. Armenia-Bulgaria. Bulgarian Defense Minister Nikolay Svinarov visited Armenia on 22-23 October and met in Yerevan with his Armenian counterpart, Serzh Sarkisian. The two-day visit of the Bulgarian Defense Ministry delegation was aimed at improving joint training and cooperation between the armies of the two countries. Bulgaria wil assume the presidency of the OSCE in 2004, and will try to push the process of settling the Nagorno Karabakh conflict. On 23 October, Svinarov met Armenian President Robert Kocharian and Prime Minister Andranik Markarian.
b. Azerbaijan- Turkey. At the end of October, Azeri President Ilham Aliev met in Baku with the commander of the Turkish land forces, General Aytaç Yalman. Aliev said a new peaceful approach to the Nagorno-Karabakh conflict was needed to reach a lasting solution. However, he did not specify what the new approach should be.
c. Russia-Armenia. In the beginning of December, Russian President Putin met with Armenian President Robert Kocharian in St Petersburg. The two leaders exchanged views on the situation in Georgia and the Caucasus region and confirmed their countries’ strategic partnership.
2. GUUAM
A new round of talks between the ambassadors of the GUUAM countries and US Assistant Secretary of State for European and Euroasian Affairs Elizabeth Jones was held on 26 September in New York. The participants “agreed to the next steps for implementing joint projects designed to improve regional security and encourage economic development.” The projects are “aimed at increasing security in trade and transport and combating trans-border crime”. The GUUAM states decided to seek observer status in the UN General Assembly.
VI. STATE OF THE BLACK SEA REGIONAL COOPERATION AND THE ROLE OF EU AND NATO
1. Economic Aspects of Regional Cooperation in the Black Sea: National and Regional Perspectives
a. WTO – Ukraine. On 28 October, WTO officials said that talks on Ukraine’s accession to the WTO were going well and that the country was on track to join in 2004 or early 2005. Ukraine has signed bilateral accords with 16 of the 146 WTO members. Bilateral deals with those states that seek them – and many of the WTO member-states do not – are a key part of the organization’s entry process. The US has imposed sanctions worth US$75 million a year on Ukraine, which it accuses of being the world’s worst abuser of intellectual property rights, notably in the CD and video industries.
b. IMF – Armenia. On 7 November, Armenia became the 54th state to subscribe to the IMF’s Special Data Dissemination Standard, which was established in 1996 as a guide to provide more timely and comprehensive economic and financial data to the public. The standard covers the breadth, timeliness, quality, and integrity of data, as well as ease of access. Countries that subscribe pledge to observe the standard and to provide information to the IMF about their data dissemination practices.
c. World Bank – Caspian Sea Protection. The Council of the Global Environment Facility (GEF). an international financial organization with 176 members, linked to the World Bank (WB), approved a US$6.5 million grant on 24 November for a project that will support implementation of a new treaty designed to protect the Caspian Sea, the world’s largest inland body of water. The treaty, the ‘Tehran Convention’, was signed in early November by Azerbaijan, Iran, Kazakhstan, Russia, and Turkmenistan. The five countries agreed to take all necessary measures, individually and collectively, to reduce and control pollution and to protect the environment of the Caspian Sea. The UNDP in cooperation with UNEP will manage the project, and the US$6.5 million grant will be supplemented with US$25.8 million in co-financing from governments and other sources. Four regional environmental concerns will be addressed: unsustainable use of biological resources; other threats to biodiversity, including invasive species; pollution; and unsustainable coastal area development.
d. WB – Georgia. On 24 November, the WB commended the peaceful and responsible manner in which political transition took place in Georgia. The WB also said it was looking forward to working with the new leadership to assist the people of Georgia in raising their living standards, creating economic and social opportunities, and developing a public sector that is responsive to the needs of all citizens.
e. WB – Moldova. On 25 November, the WB approved a US$35 million credit to help continue reforms in Moldova’s energy sector. The main objectives of the project include improving the security and reliability of electrical power transmission, and improving the availability, quality, and efficiency of heating in priority public buildings such as schools and hospitals. The project is expected to help strengthen the investment environment of Moldova’s energy sector and reduce technical and commercial losses, including theft.
2. Political and Security Aspects of the Black Sea Regional Cooperation and EU and NATO/PfP Activities
a. Organization of the Black Sea Economic Cooperation (OBSEC). In the beginning of October, a meeting of the OBSEC Transport Ministers was convened in Baku. The meeting adopted a declaration for the development of transport cooperation in the region of the Black Sea and the Caspian Sea. The aim of the transport cooperation is to strengthen the integrated networks of the individual countries and to improve the transport corridors between them. The declaration calls for the simplification of trans-border bureaucratic procedures and the harmonization of national transport legislation under the EU ‘acquis communautaire’. The countries in the region agreed to conclude agreements for a stable and compatible transport. This would also strengthen security in the region. Eight OBSEC members signed the declaration: Azerbaijan, Bulgaria, Georgia, Greece, Romania, Russia, Turkey, and Ukraine. Representatives from Israel, Italy, and France as well as from OBSEC institutions attended the meeting as observers.
b. EU-Russia. (1) On 6 November, the EU-Russia summit with the participation of President Vladimir Putin was convened in Rome. He reminded the other participants of his country’s demand for compensation after the EU enlargement to include Russia’s neighbors. Visa arrangements for Russian citizens were also discussed. The EU intends to do its best to maintain good relations with a neighbor that is a great regional power with nuclear weapons. While in Rome, President Putin met also with Pope John Paul II. (2) The European military aviation and space company EADS announced in the beginning of December that it was establishing a subsidiary company in Russia. The company will start functioning in January 2004. EADS already has several cooperative projects with Russian air and space companies.
c. EU – Ukraine. In the second week of October, a summit meeting of European Council President Romano Prodi with Ukrainian President Leonid Kuchma in Yalta tried to generate a positive impetus for cooperation, but circumstances made it clear that there was no chance as yet of being offered a date for membership. Ukraine is worried at the prospect of being left out as its neighbors Poland, Slovakia, and Hungary join the EU next year. Western officials have often criticised Ukraine for its repressive media laws and human rights violations, as well as lagging political and economic reforms.
d. NATO – Russia. (1) On 30 October, outgoing NATO Secretary-General George Robertson visited Moscow. He said that the terrorist attacks of 11 September 2001 had shown that the former adversaries NATO and Russia must now work together “if we are to meet the threats and challenges of the 21 century effectively”. There is currently some cooperation between NATO and Russia on issues like joint intelligence assessments of terrorist threats and arrangements for joint peacekeeping operations. Robertson noted that the NATO-Russia Council (NRC), established in May 2002, is close to agreement on a common assessment of proliferation dangers. (2) On 12 November, the NRC at the level of chiefs of General Staffs agreed to continue the cooperation in 2004. They agreed to carry out joint exercises in the next two years. (3) On 1 December, the NRC at the level of defense ministers discussed the joint fight on terrorism and the armed forces interoperability. According to Russian sources, this will be achieved in 2004. A direct secure telephone communication link has been established between the NATO secretary-general in Brussels and the Russian minister of defense of Russia in Moscow. (4) On 4 December, the NRC meeting, in a session of foreign ministers, reiterated the two sides’ common approach to shared threats. The NRC agreed that it should continue to contribute to the security of all peoples in the Euro-Atlantic area. Russia offered to provide practical support for the NATO-led ISAF in Afghanistan and stated the support for Afghan reconstruction, security sector reform, the fight against drug trafficking, and effective border controls. NRC welcomed evolving reconciliation and regional cooperation in South East Europe. The NRC endorsed a statement of the Council’s defense ministers on practical cooperation initiatives.
e. NATO-Ukraine. On 26 November, the NATO-Ukraine Commission met in Brussels at ambassadorial session to discuss the role of the NATO-Ukraine Distinctive Partnership in enhancing peace and stability in the Euro-Atlantic area as well as progress in implementing the NATO-Ukraine Action Plan and 2003 Annual Target Plan.
f. NATO-Georgia. On 27 November, the new state minister of Georgia’s interim government (the second highest-ranking official in the country), Zurab Zhvania, said that Tbilisi would draw up a detailed plan for joining NATO. The new interim government will invite US experts to help work out the plan.
VII. OTHER EXTERNAL FACTORS - STATES AND INSTITUTIONS INFLUENCING THE BLACK SEA REGION: US
1. US-Armenia. On 7 October, the US Department of State announced it had provided a US$170’000 grant to the Yerevan office of the International Organization for Migration (IOM) to fund two projects to stop human trafficking in Armenia. The two projects are aimed at raising awareness among potential victims of human trafficking, strengthening the personnel capacity at Armenian diplomatic missions to assist victims of human trafficking, and increasing the capacity of a national NGO that provides shelter, support, and counseling to victims.
2. USA-Georgia. On 3 December, a high-level US delegation, led by US Deputy Assistant Secretary of State Lynn Pascoe, arrived in Tbilisi for talks with the Georgian interim government about its needs in the run-up to presidential elections. US government officials from the Department of Defense, the Treasury, and the Department of Agriculture as well as the USTDA also arrived in Georgia to help organize the 4 January elections and assist Georgian authorities in devising government reforms.
3. US – Azerbaijan. On 3 December, US Secretary of Defense Donald Rumsfeld arrived in Baku and met with Azerbaijani Defense Minister Colonel General Safar Abiev and with President Ilham Aliev. Rumsfeld said the US was committed to a bigger role in helping Azerbaijan against terrorists and illicit trafficking in weapons and drugs. Azerbaijan’s navy and maritime forces would be a special target of US help, Rumsfeld said.
4. USA – Russia. (1) On 8 December, President Bush issued a waiver that frees up funding for a chemical weapons destruction facility in Russia. The funds of the US Cooperative Threat Reduction Program, aimed at dismantling Russian WMD (the Nunn-Lugar program) cannot be disbursed unless certain conditions are met. Congress gave the president authority to waive the conditions, and Bush used the waiver authority. (2) On 19 December, US Under Secretary of State for Political Affairs Marc Grossman visited Moscow. He acquainted Russian counterparts with the new global responsibilities of US forces. The US has not taken any final decision and this is why it has such conversations. US officials visited also Poland, Romania, Bulgaria, and Turkey.
VIII. CONCLUSIONS
While democracy is evolving slowly in the Black Sea-Caspian Sea region, multilateral diplomacy tries to bridge diverging interests and stimulate stabilization of the area. Responsible behavior of the regional powers and cooperation with NATO and EU are of key importance to reaching mutual advantages and bypassing crises. Avoiding nuclear threats and fighting terrorism remain priority security tasks in the region.
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EDITORIAL STAFF: CONTACT AND REFERENCE
Dr. Plamen Pantev, Editor–in–Chief ISSN 1311 – 3259
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Le bassin de la mer Noire, zone de tensions géosratégiques
L'Union européenne a accueilli, le 1er janvier, deux nouveaux Etats issus de cette région, où les Etats-Unis et la Russie ont des intérêts adverses. Bruxelles peine à y définir sa politique
L'entrée dans l'Union européenne (UE) de la Roumanie et de la Bulgarie, le 1er janvier, jette un coup de projecteur sur la mer Noire, espace stratégique où se concentrent de nombreux enjeux de la relation entre l'Europe et la Russie.
Cette mer-là n'est pas très présente dans les consciences européennes. La dernière fois qu'elle a suscité des passions dans nos capitales remonte à la guerre de Crimée, lorsque Napoléon III et la reine Victoria lançaient leurs troupes à l'assaut de Sébastopol, en 1854 !
Pourtant, c'est bien dans cette zone que se posent aujourd'hui d'importantes questions : l'expansion des normes démocratiques, les futures routes des hydrocarbures, l'apaisement de divers conflits territoriaux, la stabilité du Sud-Est européen et du Caucase, les migrations clandestines, les trafics d'armes et de drogues...
Après la Méditerranée et la Baltique, la mer Noire devient la troisième mer de l'Europe, avec son lot de problèmes et d'opportunités. Pendant la guerre froide, elle n'était qu'une zone figée, partagée entre le bloc communiste - qui, de la Géorgie à la Bulgarie, détenait le plus long rivage - et, au sud, la Turquie, membre de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) depuis 1951.
Les bouleversements entraînés par la chute du mur de Berlin, la disparition de l'URSS (1991), puis les « révolutions » en Géorgie (2003) et en Ukraine (2004), ont profondément changé la donne. Pour la Russie, parvenue de haute lutte sur cette « mer chaude » au XVIIIe siècle, du temps de Catherine la Grande, il s'agit d'un recul géopolitique important.
La portion contrôlée aujourd'hui par Moscou se limite à une bande étroite allant de la ville balnéaire de Sotchi, où le président Poutine dispose d'une résidence d'été, à la mer d'Azov, face à l'Ukraine. La flotte russe mouillant à Sébastopol a le droit d'y rester jusqu'en 2017. M. Poutine a exprimé le souhait que le bail soit prolongé : l'affaire n'est pas acquise.
Membres de l'OTAN, la Roumanie et la Bulgarie vont accueillir des bases militaires américaines. La Géorgie veut rejoindre l'Alliance atlantique. L'Ukraine a récemment gelé les projets qu'elle avait dans ce sens, mais elle est devenue un partenaire peu fiable pour Moscou - et un « pays pivot » pour l'Europe.
La mer Noire est un espace constellé de « conflits gelés » dans la résolution desquels l'UE joue, pour l'heure, un rôle marginal. Ils concernent des régions séparatistes soutenues par Moscou, qui y maintient des troupes. En Abkhazie, l'Organisation des Nations unies (ONU) a déployé, en 1994, une force de maintien de la paix, cas unique dans la zone de l'ancienne URSS. En Ossétie du Sud et en Transnistrie, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) tente depuis des années de jouer les médiateurs. L'UE a pris une initiative en déployant, fin 2005, une mission d'observation à la frontière entre Transnistrie et Ukraine, non sans protestations russes.
L'espace de la mer Noire est en réalité devenu une zone de confrontation entre deux conceptions opposées : l'une « euro-atlantique », défendue aux Etats-Unis par le lobbyiste Bruce Jackson, qui a ses entrées dans l'administration Bush ; l'autre prorusse ou « euro-asiatique », développée à Moscou par les partisans d'un pouvoir nationaliste usant du gaz comme moyen de pression.
Les Européens assistent, sans mettre beaucoup de poids dans la balance, à cet affrontement. La présidence allemande de l'UE a annoncé que la mer Noire serait l'une de ses priorités au cours des six prochains mois ainsi que les relations avec l'Asie centrale, source alternative d'énergie face à la Russie. Berlin veut une réflexion sur la « politique de voisinage » de l'Europe vers la mer Noire.
Depuis 1993, le projet européen Traceca vise à développer une nouvelle « route de la soie », dotée d'une dimension énergétique, reliant Asie centrale, Transcaucasie, mer Noire et Europe centrale. Ce chantier a encore peu de visibilité.
L'une des questions posées touche au projet de gazoduc intitulé Nabucco reliant l'énorme champ de Shah Deniz, en Azerbaïdjan, à la Hongrie, en passant par la Géorgie, la Turquie, la Bulgarie et la Roumanie, en évitant la Russie.
Un feu vert européen a été donné, en juin 2006, à sa construction. La société russe Gazprom aimerait neutraliser cette concurrence potentielle en obtenant que le gazoduc Blue Stream, reliant la Russie à la Turquie sous la mer Noire, soit à terme branché sur Nabucco. Le choix des Européens aura d'importantes répercussions. Le financement de Nabucco, de l'ordre de 4 milliards d'euros, dépend des compagnies pétrolières, et il n'est pas assuré à ce stade.
La promotion de la vision « euro-atlantique » a débouché, ces dernières années, sur l'apparition de plusieurs organisations régionales, parrainées à des degrés divers par les Etats-Unis : le GUAM (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie, en 1997), la Communauté de choix démocratique (2005), enfin le Forum de la mer Noire pour le partenariat et le dialogue, né, en juin 2006, sous l'égide du président roumain Traian Basescu.
Ce dernier se passionne pour les questions stratégiques touchant à la mer Noire, qu'il a eu l'occasion d'expliquer à George Bush dans le bureau ovale de la Maison Blanche, dès mars 2005, peu après son élection. La Russie, qui ne fait partie d'aucune de ces structures, a, en particulier, très mal pris la création du Forum, financé par des fondations américaines. Elle n'y a dépêché que son ambassadeur en poste à Bucarest, en lui interdisant de prendre part aux débats.
En accédant aux rivages de la mer Noire, l'Union se trouvera obligée de regarder de plus près les tensions qui parcourent cette zone, après y avoir laissé le plus souvent les Etats-Unis endosser le rôle du « protecteur » - ce qui a braqué une Russie convaincue de faire l'objet d'un vaste plan d'endiguement. Mais Moscou n'a pas, de son côté, respecté l'engagement pris, en 1999, d'évacuer toutes ses troupes de Géorgie et de Transnistrie.
Les Européens devront être plus présents, notamment s'agissant de la Géorgie, pays visé, depuis septembre, par un embargo russe qui semble avoir comme objectif de déstabiliser un pouvoir élu démocratiquement. Le cas de la Transnistrie, qui a tenu, en septembre, un référendum sur son « indépendance », prendra aussi plus d'acuité, au moment où la Moldavie cherche des soutiens européens.
Dans un article intitulé « The Soft War for Europe's East » (« La guerre molle pour l'Europe de l'Est »), Bruce Jackson a exposé, en juillet, la vision américaine d'une « grande mer Noire » où la « promotion de la démocratie » viendrait contrer les ambitions « revanchardes » de Moscou.
Dans cet espace, les objectifs et les valeurs occidentales et ceux de la Russie sont incompatibles, argue-t-il. C'est là, prédit-il avec emphase, que « pour la première fois, depuis cent cinquante ans (...) et le siège de Sébastopol, les relations entre la Russie et l'Europe vont se définir pour les premières décennies du XXIe siècle ».
Vision exagérée ? Les Etats-Unis ont mis tout leur poids dans la balance, depuis le milieu des années 1990, pour faire de la mer Noire une zone importante d'évacuation des hydrocarbures d'Asie centrale, contournant la Russie. L'oléoduc BTC, qui relie l'Azerbaïdjan à la Turquie, ainsi que le gazoduc entre Bakou et Erzerum (Turquie) résultent de cette politique. Face aux enjeux qui se profilent, les Européens déploient peu de moyens et peinent à formuler une vision stratégique claire qui regarderait au-delà de l'élargissement qui vient d'avoir lieu.
Natalie Nougayrède
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Note sur l'espace mer Noire destructuré
La région de la mer Noire, un espace en restructuration
Baptiste Chatré, baptiste_chatre@hotmail.com, pas de reproduction sans autorisation de l'auteur.
A - La mer Noire, un espace déstructuré : perspective mondiale
L’espace mer Noire
L’espace délimité par le bassin de la mer Noire est le plus souvent considéré comme une sous-région du bassin méditerranéen. Il semble en effet bien difficile d’attribuer une identité régionale à cette zone qui n’a d’autre caractéristique commune à offrir à ses riverains que celle de la présence d’un espace marin singulier de 422 000 km² (en excluant la Mer d’Azov). Si ailleurs le plus souvent, un tel espace maritime permet de définir une zone d’interdépendance entre Etats en formant un espace naturel propice aux échanges et à la communication entre riverains, la mer Noire a en revanche elle toujours été appréhendée comme une limite, une marge, une frontière. Cela n’empêche pas certains[1] de considérer la mer Noire, malgré son histoire fluctuante avant tout faite de confrontations, comme étant historiquement une région. Cette perspective considère qu’elle a constitué et constitue encore un espace de partage entre des riverains susceptibles d’avoir à affronter des problématiques communes comme aujourd’hui celle de la surpêche et de la pollution marine.
Aujourd’hui encore, la région de la mer Noire se révèle néanmoins avant tout comme une région de confins. Sa présence sépare en effet l’Union européenne, la Russie, le Moyen-Orient et l’Asie centrale, soient quelques uns des plus grandes zones d’instabilité de la planète. Cet antagonisme quant à la qualification de la région montre clairement la confusion qui entoure le concept géographique à l’origine de fortes réticences pour considérer cet espace comme une unité d’analyse.
Peut-être suffit-il, pour définir l’espace de la mer Noire comme espace international en formation, de revenir sur sa géographie qui rapproche six Etats côtiers (la Bulgarie avec 354km de côtes, la Roumanie avec 225km, l’Ukraine avec 2782km, la Russie avec 800km avec Azov, la Géorgie avec 310km et la Turquie avec 1329km, pour un total de 16 millions d’habitants vivant sur le littoral pontique) auxquels il convient d’ajouter quatre Etats riverains que leur positionnement sur les cartes implique dans le bassin de la mer noire : la Grèce, la Moldova, l’Azerbaïdjan et l’Arménie. La mer Noire a une profondeur maximale de 2212m (moyenne de 1300m) pour un volume de 540 000km3 et sa température moyenne est de -4° en hiver et 22-24° en été. Les principaux fleuves qui se jettent dans la Mer Noire sont le Danube, le Dniepr, le Don, le Dniestr, le Kuban.
Si la proximité géographique permet de définir un espace commun à ces 10 Etats, il en va tout autrement de l’analyse de leurs interactions, de leurs interdépendances qui soulignent au contraire une importante hétérogénéité culturelle, religieuse, ethnique, historique, militaire et sociale dans la région. S’il fallait définir une identité régionale, celle-ci apparaîtrait plutôt comme étant la somme des identités des Etats qui constituent l’espace pontique. Néanmoins, la confrontation à des problématiques communes, des intérêts et des objectifs communs, font que cette région conceptualisée géographiquement est progressivement en train de se forger une identité particulière, notamment depuis la fin de la Guerre froide.[2]
La région peut se définir plus simplement dans le regard des autres, et notamment des Occidentaux. Ainsi, depuis les attentats du 11 septembre 2001 notamment, elle semble revêtir un semblant d’existence. L’importance et l’interdépendance régionale que les Américains et les Européens accordent aux différents Etats de la mer Noire ont en quelque sorte solidarisé ses différentes composantes étatiques et donné une nouvelle impulsion à la coopération régionale. Il apparaît donc plus pertinent de définir géopolitiquement la région. Elle se révèle alors, avec l’Asie centrale, comme un espace pivot constitutif de la matrice des « Balkans eurasiens ». Trois Etats pivots la composent en effet (Turquie, Ukraine et Azerbaïdjan)[3]. Dans cette nouvelle perspective, la mer Noire est un espace de confins entre trois zones stratégiques : l’espace central, le Sud et l’Ouest dans le fameux échiquier eurasien[4].
Nous tenterons de montrer en quoi cette définition d’un espace marginal est de plus en plus remise en cause par une coopération régionale entre les différents acteurs locaux qui peut être à l’origine d’une intégration de la région mer Noire alors considérée comme une unité spatiale pertinente dans l’espace mondial.
Histoire de contacts et de passages
On ne peut pas parler de région au sens où elle ne fédère pas des caractéristiques communes si ce n’est l’histoire d’une longue occupation. La mer Noire en elle-même sépare plus qu’elle ne rapproche. Ensuite, les rapports entre les voisins sont de tous temps restés limités. Il s’agit donc plus d’une immense carte vide que d’un milieu chargé de sens. La diversité culturelle, religieuse, ethnique de la région
L’histoire de la mer Noire est marquée par sa situation géographique, en contact entre trois grands empires : ottoman, perse et russe. Elle a toujours été un terrain de jeu entre les grandes puissances à l’image de l’Europe centrale et orientale, notamment pour le contrôle des mers.
La zone présente tous les symptômes inhérents à une terre de passage : grande diversité ethnique, forte émigration/immigration, trafics en tous genres. De tous temps hors Guerre froide, la mer Noire a été une zone « d’incertitude, d’insécurité, d’invasions et de migration »[5].
La mer Noire durant la Guerre froide : lac gelé[6]
La période de la Guerre froide a fait du bassin de la mer Noire un immense lac gelé partagé entre Nord et Sud, entre URSS et Turquie. Durant la Guerre froide, rien ne s’y passe, le statu quo entre la Turquie et le monde communiste étant de mise. On oublie alors la dimension stratégique de la région. Seule l’URSS en profite en y plaçant l’une de ses flottes à Sébastopol.
La Guerre froide a par contre préparé à une transition particulièrement difficile marquée par la fin de l’autorité sur la région et le retour de nombreuses rivalités infrarégionales.
Pendant la GF, la mer Noire n’avait pas une dynamique politique propre : celle-ci était de facto le résultat de la rivalité Est-Ouest.
Un espace post-GF décomposé et instable
La fin de l’Empire soviétique a désenclavé la région jusqu’alors partagé entre Nord et Sud, entre URSS et Turquie, entre Pacte de Varsovie et OTAN (Grèce/Turquie). Déstructurée, la région s’est progressivement recomposée au cours des années 1990 et 2000 sur toutes ses façades : balkanique, septentrionale, orientale bien sûr voire méridionale avec l’intégration programmée de la Turquie au sein de l’UE. Elle était surtout pris entre deux zones de turbulences : les Balkans et le Caucase, sans oublier la Moldova.
Cette décomposition s’est avérée être un processus instable, comme dans les Etats d’Europe centrale et orientale les plis instables (Albanie, Roumanie, Bulgarie).
Les régions infraétatiques ont profit du vide postcommuniste pour s’affirmer vis-à-vis d’un centre jusque là omnipotent. Dans tous les Etats, les petites républiques se sont émancipées du Centre, notamment en Russie, en Ukraine, en Moldova et en Géorgie, rejoignant là un mouvement inauguré en Turquie[7].
Un intérêt stratégique de la zone renouvelé
Aujourd’hui la mer Noire retrouve péniblement le statut qu’elle avait du temps de la guerre de Crimée.
L’intérêt que suscite la mer Noire n’est que très récent. Ce sont les élargissements de l’UE et de l’OTAN mais aussi la question de l’approvisionnement énergétique qui ont fait de la mer Noire un espace stratégique depuis les années 2000. Avant, il n’était qu’un vide occupé par les conflits ethniques.
La mer Noire post-Guerre froide tardive est ainsi caractérisée par le croisement de trois grands acteurs : les institutions européennes, la Russie et les EUA.
Un passage obligé pour les hydrocarbures et une région économiquement stratégique
Plus qu’une zone de production, le bassin de la mer Noire s’apparente à une zone de transit. L’enjeu énergétique d’importante fait de la Mer Noire un potentiel inévitable point de passage pour l’accès aux ressources de la Caspienne. Dans l’exploitation des gisements hydrocarbures, la « géopolitique de la circulation » devient aussi voire plus importante que celle des marchés[8].
Le transit est devenu un élément essentiel de l’approvisionnement en matières énergétiques : il ne suffit pas de sécuriser la production qui ne dépend souvent que d’un Etat, mais aussi son cheminement qui dépend lui de nombreux acteurs.
La mer Noire est devenu un enjeu pour le transport du pétrole par tankers et du gaz par les gazoducs qui doivent traverser la région en provenance la Caspienne et de l’Asie centrale, principal foyer d’approvisionnement énergétique de l’Europe.
La croissance des marchés européens (dont celui récent de l’Europe centrale et orientale) et la volonté des Européens de diversifier leurs approvisionnements, c’est-à-dire de réduire leur dépendance vis-à-vis notamment du Golfe persique, plus instable, font de la zone Caspienne un enjeu vital pour l’avenir.
L’intérêt majeur des hydrocarbures de la Caspienne, outre leur quantité non-négligeable, est le fait qu’elles sont, à la différence de la majorité des gisements, exploitables par des compagnies occidentales[9].
La région est enfin économiquement stratégique pour sa capacité à s’affirmer comme un marché commercial d’importance rassemblant 200 millions de personnes à proximités immédiate de l’Union européenne et avec une culture commerciale relativement proche.
Une zone tampon dépourvue de puissance hégémonique entre l’Europe, la Russie et le Grand Moyen-Orient : une nouvelle zone stratégique dans le monde post-11 septembre
La mer Noire est un pont entre des zones interdépendantes, une interface, un lieu de transit qui en lui-même n’a ni ressources ni intérêt particulier, mais qui pris dans son environnement géostratégique, est central. La mer Noire n’a en effet aucune ressource énergétique particulière.
Mais elle est à la rencontre de plusieurs espaces très instables et permet à l’Europe de développer une zone tampon entre elle et ces espaces qui sont les nouveaux Balkans de l’Asie centrale et du Caucase, le Moyen-Orient élargi jusqu’à l’Afghanistan et la Russie.
C’est aussi un lieu de contact privilégié et qui le sera de plus en plus entre l’Ouest et la Russie. Il faut d’ailleurs à la fois prendre en compte les intérêts russes et l’empreinte russe dans la région mais aussi l’existence d’un fort sentiment anti-Russe dans tous les espaces postsoviétiques.
Désormais, l’échelle de stabilité et de sécurité pour l’Europe n’est plus l’espace européen qui peut apparaître comme stabilisé de façon pérenne mais bien l’espace multirégional eurasiatique : les menaces viennent désormais de plus loin et la mer Noire est une des zones géographiques capables de prévenir toute menace et de la prémunir.
Les deux grands intérêts stratégiques de la mer Noire et les transitions postcommunistes dévastatrices dans les Balkans ont poussé les Occidentaux à exiger un surcroît de sécurité dans la région. Or la mer Noire est entourée de zones conflictogènes : Balkans, Moldova, Caucase et Moyen-Orient.
Sécurité semble être le maître-mot de la région. Sécurité régionale pour l’énergie, pour intégrer les institutions européennes et pour favoriser la coopération économique dans la région.
Cette sécurité régionale ne peut être externalisée des acteurs occidentaux. La Russie notamment doit y être totalement impliquée.
La question sécuritaire reste d’actualité car les intérêts des principaux acteurs de la région sont divergents.
B- Une zone stratégique aux difficultés persistantes : perspective régionale
Des Etats déficients : stabilité ou instabilité ?
Les Etats pontiques sont de jeunes Etats qui ont le plus souvent souffert des occupations étrangères. En cela ils se rapprochent de la situation politique en ECO caractérisée par des pouvoirs centraux faibles qui, dans un situation de reconstruction, laissent des pans entiers de la société sans contrôle.
Peut-on parler de stabilité politique dans ce contexte ? Les grands Etats de la région ont connu, malgré le processus déstructuration/recomposition une relative stabilité politique. Seules l’Ukraine et la Géorgie ont connu une rupture tardive au début des années 2000. Mêmes les conflits restent stables, que ce soit la Tchétchénie, l’Ossétie et l’Abkhazie ou la Transnistrie.
La question nationale : un risque continu
Les espaces politiques restructurés ont donné naissance à de nombreuses communautés nationales (minorités) : Arméniens, Tatars, Cosaques, et les nombreuses diasporas. Elles maintiennent des liens forts avec leur territoire d’origine et peuvent provoquer des tensions nouvelles (retour des Tatars de Crimée).
En fait la région a assisté à une construction tardive des nations et surtout au syndrome de l’empire (en l’occurrence celui soviétique) qui a annihilé toute identité nationale distincte.
De nombreux conflits identitaires persistent, notamment au NK, en Crimée et en Moldova.
La question environnementale
Pollution et surpêche
Sur le plan économique la grave pollution dont souffre la Mer Noire contribue à l’exode qui touche les côtes. La pêche excessive et la pollution maritime (liée notamment au Danube) ont fini d’empêcher le développement des ports régionaux. Danube et mer Noire constituent la plus grande masse d’eau non océanique en Europe. Or 80% de la pollution de la Mer Noire est due aux eaux du Danube. L'eutrophisation (quantité excessive de matières organiques dans l'eau, notamment des algues, produite par l'excès de nutriments déversés) constitue l'un des problèmes environnementaux les plus importants tant dans le Danube que dans la mer Noire. Ce phénomène a des conséquences néfastes sur la diversité biologique des eaux, les zones humides, les forêts proches, la santé humaine et la pêche. Une grande proportion des nutriments déversés (azote et phosphore) dans l'eau proviennent de l'agriculture. La course à l'eau dans le Danube est aussi problématique, ainsi que la surexploitation des eaux de surface et souterraines, la pollution par des substances dangereuses et accidentelles et la dégradation et disparition des zones humides. Le déversement des eaux résiduaires, la pollution pétrolière dans les zones côtières et la diminution de la biodiversité y compris des réserves halieutiques, sont les problèmes les plus graves dans la mer Noire.
La mer Noire, qui a été pendant très longtemps un écosystème stable, a connu au XXe siècle de profonds bouleversements liés notamment à l’apport de nouvelles espèces dévastatrices suite à l’accroissement des échanges, à l’urbanisation chaotique des côtes et à l’augmentation des déchets rejetés dans la mer, l’usage intensif de fertilisants qui a considérablement appauvri les algues productrices d’oxygène, eutrophisation importante des milieux. Après la Guerre froide, les crises économiques ont aggravé la catastrophe écologique avec une moindre importance accordée aux rejets dans l’environnement même si de nombreuses activités polluantes ont ainsi été stoppées suite à cette crise. Le risque plus récent est lié aux tankers d’hydrocarbures qui font le transit depuis la Caspienne. Un certain nombre de mesures de coopération internationale ont été décidées mais elles restent avec des effets très limités. La solution est un investissement lourd dans les mesures de protection de l’environnement comme par exemple le recyclage des eaux usées. Cela implique tout le Bassin puisque le Danube contribue à hauteur de 50% à polluer la mer Noire. [10]
Une crise économique
Une crise postsoviétique
La crise économique est liée à la transition postcommuniste et à la dépendance vis-à-vis de l’ex-URSS. Le niveau de vie a rapidement baissé, l’inflation augmenté et le niveau de production s’est effondré.
Infrastructures défaillantes
Cette crise s’est accompagnée d’une obsolescence des infrastructures capables de supporter la transition. Le littoral de la Mer Noire souffre d’un retard économique et structurel important. Cela s’exprime par des carences urbaines importantes en infrastructures portuaires, aéroportuaires ou économiques (ex. de Trabzon en Turquie ou d’Odessa en Ukraine).
Le développement des échanges a relancé les politiques nationales d’amélioration des infrastructures portuaires comme en Turquie d’où la privatisation rampante des ports turcs.
Une ouverture des espaces : émigration et immigration
Une ouverture des espaces
La nouvelle donne politique dans la région a obligé certains Etats à revoir leur politique d’aménagement. La Russie, en perdant l’Ukraine, a laissé ses principaux ports et s’est ainsi concentré à recréer une activité portuaire dans la région autour de Novorossisk et de Rostov sur le Don.
Elle continue à invoquer une autorité sur Sebastopol, à l’origine du litige sur la flotte de la mer Noire, ou sur Soukhoumi en Abkhazie géorgienne.
On assiste à une recomposition territoriale[11].
Les espaces se sont ouverts dans la région. Les barrières politiques sont progressivement tombés et les points de passage se sont multipliés.
Retour au pays et immigration illégale
On a ainsi assisté au retour de 2,4 millions de Russes en Russie entre 1990 et 1996. Les conflits ont engendré de nombreux flux migratoires.
En ce qui concerne les migrations de travail, la Turquie est devenu un eldorado.
La Russie a vu le retour de 5 millions de personnes[12]. De nombreux échanges ont eu lieu pour remédier aux dégâts de la période soviétique qui avait figé les relations internationales.
Des espaces ouverts dénués d’autorité
Au-delà de la sécurité des Etats, il existe un vrai problème de sécurité humaine dans la région. En effet, plus de communication entre les territoires et une interdépendance des populations ont donné lieu à l’expansion des trafics : d’armes, d’organes, d’alcool, de drogue voire de matières fissiles[13].
Les tensions interétatiques
La question des détroits turcs
Seul lien avec l’extérieur, les détroits turcs sont d’importance stratégique pour le bassin de la mer Noire. Ils sont
même pour beaucoup à l’origine des tensions qui marquent la région.
Les tensions liées à l’hégémonie russe et au retournement pro-américain
Entre la Russie et l’Ukraine, nombreux sont les sujets de discorde : notamment le contentieux à propos de la flotte soviétique de la Mer Noire et celui de la Crimée, région autonome ukrainienne à forte majorité russe. Problème concernant l’approvisionnement en gaz également. Derrière la question de la flotte de la mer Noire se cache des questions plus importantes : le devenir de la Crimée, l’accès aux grands ports et donc le futur de la force russe dans le bassin[14].
Une rivalité particulière existe entre Turquie et Russie pour la suprématie régionale avec des relents historiques forts liés aux guerres russo-ottomanes et à la rivalité historique et séculaire entre les deux empires. Si depuis la fondation de la république turque, il n’ay a pas eu de conflit direct entre les deux acteurs, leurs relations d’après guerre se sont calquées sur celles entre l’Est et l’Ouest. La fin de la GF a ouvert une nouvelle ère de relations bilatérales, notamment matérialisée par le projet de BSEC lancé par la Turquie avec le soutien de Soviétiques puis des Russes. Mais l’organisation s’est affirmée comme un moyen de projection de puissance pour les Turcs, ce qui n’est pas sans déplaire aux Russes. Depuis lors c’est la suspicion mutuelle qui règne, les Russes voyant notamment les Turcs comme une menace à leur zone d’influence. Le transit énergétique, mais aussi l’importation d’énergies, sont le principal objet de litige entre les deux puissances, la Turquie cherchant notamment à diversifier ses approvisionnements[15].
Aujourd’hui les deux acteurs sont dépendants l’un de l’autre.
Le stationnement de troupes américaines (Roumanie, Bulgarie) et russes (Moldova, Géorgie) accroît les tensions locales.
Les litiges frontaliers
Les relations régionales peuvent être considérées comme la somme des relations bilatérales entre les objets qui constituent la région. De ce point de vue, les relations entre Etats compromettent dangereusement les relations régionales vu l’instabilité des rapports bilatéraux[16] : Russie/Turquie, Turquie/Grèce, Ukraine/Russie, Russie/Roumanie, Roumanie/Ukraine, Russie/Géorgie, Ukraine/Géorgie, Roumanie/Moldova…
Entre l’Ukraine et la Roumanie, la question de la délimitation juridique du delta du Danube et de l’appartenance de l’île aux serpents. De là le contentieux à propos de l’installation d’une centrale nucléaire ukrainienne dans la zone frontalière. Plus globalement, l’Etat roumain ressasse avec nostalgie le retour de certains territoires perdus lors de la Seconde guerre mondiale (Bessarabie), d’où la longue et difficile gestation du traité de bon voisinage entre les deux Etats.
La volonté ukrainienne de construire un canal Danube-Mer Noire.
La question militaire
La région comprend trois grandes puissances militaires (Russie, Ukraine, Turquie) au différentiel important par rapport aux nouveaux Etats au potentiel considérablement réduit.
Pourtant certains comme l’Azerbaïdjan ont tenté de se doter d’un véritable arsenal.
Conséquences : le développement d’une interdépendance illégale
La principale conséquence est une forte émigration de la population côtière vers l’intérieur des terres. Vers les grandes villes de l’Ouest en Turquie, vers le Nord en Ukraine et en Russie par exemple.
La deuxième conséquence est le développement de trafics illégaux très importants. Les Tchelnoki ne sont qu’une illustration parmi d’autres. Nombreux sont ceux qui profitent des frontières pour faire de l’argent.
C- De possibles solutions pour structurer cet espace
L’OSCE : une présence rassurante, historique et non-négligeable
La régionalisation. OCEMN, BLACKSEAFOR et GUUAM
C’est une tentative de nouer un dialogue régulier entre les acteurs de la région. En fait c’est une illustration de la recomposition géopolitique qui est intervenue à partir de 1990 et la nouvelle volonté des Etats et nouveaux Etats de coopérer.
Pour la sécurité, une réactivation du GUUAM pourrait être une solution selon certains[17].
L’OCEMN tente de faire de l’espace Mer Noire une zone géostratégique particulière. Mais le but de l’organisation est aussi de promouvoir une bonne entente régionale (la paix, la stabilité et la prospérité, cf. article 8 de la déclaration du Sommet d’Istanbul). En effet, la déclaration a ne portée très large qui touche tous les domaines. Les deux piliers de l’organisation sont la Turquie, instigatrice, et la Russie[18].
L’OCEMN si elle ne débouche pas sur des avancées spectaculaires, est néanmoins un lieu très important de rencontres entre les dirigeants de la région. Peut-elle être un facteur d’intégration pour les nouveaux Etats et de rapprochement tant entre eux qu’avec l’Europe ?
Toutefois elle souffre d’un déficit de confiance de la part des petits Etats de la région qui sont réticents à faire de l’organisation une alternative aux institutions sécuritaires euro-atlantiques[19]. Le fait que tous les Etats aient signé un document unique entre eux en 1992 est déjà en soi un exploit. Il sera bien difficile d’aller plus loin. L’OCEMN est une organisation créée par une puissance régionale afin de coordonner autour d’elle une politique régionale.
Le GUUAM est lui plus une association d’Etats faibles qui cherchent à réunir leurs forces et notamment à profiter ensemble de leurs situations stratégiques et de leurs ressources. Le GUUAM cherche donc plus la coordination de politiques précises que véritablement bâtir une coopération régionale générale.
Implication récente des institutions euro-atlantiques : UE et OTAN
L’implication d’organisations externes pourrait être une solution plu adaptée à la situation régionale[20]. D’une part cette implication de l’UE/OTAN montre que les puissances occidentales s’intéressent de près aux événements de la région. D’autre part elle apporte des structures et des instruments de coopération qui sont neutres et éprouvés par une certaine expérience.
Il ne faut cependant pas que cette implication entre en concurrence ave les organisations déjà existantes sur le plan régional.
A travers deux programmes, la future riveraine de la Mer Noire tente de s’impliquer dans la région. Le premier enjeu auquel elle doit répondre est celui de la pollution maritime. A cet effet, elle a émis deux textes d’importance : la convention sur la coopération pour la protection et l'utilisation durable du Danube et la convention sur la protection de la mer Noire contre la pollution. Outre l’environnement, l’UE s’est intéressée à la Mer Noire sous l’aspect des transports et de l’approvisionnement énergétique avec le développement du couloir de transport Europe-Caucase-Asie TRACECA et la modernisation des oléoducs et gazoducs (INOGATE).
Il existe des alternatives à l’intégration de ces Etats, comme le montrent la Turquie, la Bulgarie et la Roumanie[21]. Leur donner accès au marché européen est déjà une belle récompense.
L’implication externe peut aussi passer par un redimensionnement de l’OCEMN avec l’apport de l’expérience des institutions euro-atlantiques.
Les institutions euro-atlantiques peuvent-elles résoudre les conflits régionaux sans mise au point d’une stratégie claire dans la région, notamment relative au futur de leurs relations avec les Etats régionaux ?
Pour la Moldova, cela aide mais n’est pas suffisant pour résoudre le dilemme.
[1] King Charles, « Is the Black Sea a region? », in Pavliuk Oleksandr, Klympush-Tsintsadze Ivanna (dir.), The Black Sea region. Cooperation and security building, M.E. Sharpe, Armonk/Londres, 2004, 314p., pp.13-26
[2] Pavliuk Oleksandr, « Introduction », in Pavliuk Oleksandr, Klympush-Tsintsadze Ivanna (dir.), The Black Sea region. Cooperation and security building, M.E. Sharpe, Armonk/Londres, 2004, 314p., pp.3-12.
[3] Brzezinski, cf. p.69.
[4] Id. p.62
[5] Maior George Cristian, Matei Mihaela, « The Black Sea region in an enlarged Europe : changing patterns, changing politics », Mediterraneanquarterly, vol. 16, n°1, 2005, pp.33-51.
[6] Expression utilisée par Maior George Cristian, Matei Mihaela, « The Black Sea region in an enlarged Europe : changing patterns, changing politics », Mediterranean quarterly, vol. 16, n°1, 2005, pp.33-51.
[7] Sieca-Kozlowski Elisabeth, Toumarkine Alexandre, Géopolitique de la mer Noire. Turquie et pays de l’ex-URSS, 2000, Karthala, Paris, 222p., p.18-20.
[8] Chatelus Michel, « La Méditerranée orientale et la Mer Noire dans la géopolitique des hydrocarbures », in Bazin, Kançal, Thobie, Tekelioğlu, Méditerranée et Mer Noire. Entre mondialisation et régionalisation, L’Harmattan, Paris, 2000, 520p., pp.125-151.
[9] Yannis Valinakis.
[10] Mee Laurence David, « Can the marine and coastal environment of the Black Sea be protected ? », in Aybak Tunç (dir.), Politics of the Black Sea. Dynamics of cooperation and conflict, I.B. Tauris, Londres/New York, 2001, 272p., pp.133-161.
[11] Vaner Semih, « La zone de coopération économique de la mer Noire », Le courrier des pays de l’Est, n°423, 1997, pp.24-29.
[12] Yannis Valinakis.
[13] Sieca-Kozlowski Elisabeth, Toumarkine Alexandre, pp.62-68.
[14] Dumoulin André, « Le contentieux russo-ukrainien de la flotte de la mer Noire », Relations internationales et stratégiques, n°16, 1994, pp.17-29.
[15] Aybak Tunç, « Black Sea economic cooperation (BSEC) and Turkey : extending European integration to the East ? », in Aybak Tunç (dir.), Politics of the Black Sea. Dynamics of cooperation and conflict, I.B. Tauris, Londres/New York, 2001, 272p., pp.31-60.
[16] Moshes Arkady, « Littoral states and region building around the Black sea », in Pavliuk Oleksandr, Klympush-Tsintsadze Ivanna (dir.), The Black Sea region. Cooperation and security building, M.E. Sharpe, Armonk/Londres, 2004, 314p., pp.61-85.
[17] Zulean Marian, « Reforming the security sectors in South Eastern Europe : lessons learned and their relevance for a wider Black Sea area policy », Connections, vol.3, n°4, 2004, pp.
[18] Cf. Vaner Semih, « La zone de coopération économique de la mer Noire », Le courrier des pays de l’Est, n°423, 1997, pp.24-29.
[19] King Charles, « The new near east », Survival, vol.43, n°2, 2001, pp.49-67.
[20] King Charles, « The new near east », Survival, vol.43, n°2, 2001, pp.49-67.
[21] King Charles, « The new near east », Survival, vol.43, n°2, 2001, pp.49-67.
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