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15.01.2008

Le gazoduc turco-grec inauguré en grande pompe

novembre 19, 2007

Posted by acturca in Energie, Europe du Sud-Est, Turquie, UE.
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Le Figaro (France), no. 19687, samedi, 17 novembre 2007, p. 23

Alexia Kefalas

À quelques heures de l’inauguration, demain, du premier gazoduc reliant la Turquie et la Grèce, Constantin Maroulis, le directeur général de la société hellénique de gestion du gaz naturel, et son équipe, règlent les derniers préparatifs. À Kypon Evrou, frontière terrestre greco-turque, près d’Alexandroupolis, le temps est maussade mais qu’importe. « Cette cérémonie restera mémorable car les intérêts économiques dépassent les humeurs météorologiques » confie Constantin Maroulis. Après deux ans de travaux en Turquie et en Grèce, le gazoduc ITGI, (interconnexion Turquie-Grèce-Italie), en service depuis cet été, sera inauguré avec faste en présence des premiers ministres grec et turc, Costas Caramanlis et Recep Tayyip Erdogan, ainsi que des ministres de l’Énergie d’Italie et des États-Unis.

Long de 296 km et ayant une capacité de 11,5 milliards de m³ par an, le gazoduc achemine du gaz d’Azerbaïdjan jusqu’en Turquie. Arrivé en Grèce, le gaz traversera le nord du pays pour atteindre l’Italie par voie sous-marine et être distribué en Europe occidentale à partir de 2011.

Sourire aux lèvres, Constantin Maroulis y voit d’abord un symbole d’entente entre pays ennemis héréditaires. « Les ouvriers grecs et turcs ont collaboré en parfaite harmonie pour relier le tuyau sur la partie frontalière. C’est un modèle pour les politiques qui peinent à équilibrer les relations diplomatiques depuis des décennies. » Les deux pays entretiennent déjà des relations économiques importantes puisque la Grèce est devenue l’un des principaux investisseurs en Turquie au cours des dernières années.

Diversification des sources d’approvisionnement

Le ministre grec du Développement, Christos Folias, évoque, lui, la diversification des sources d’approvisionnement en gaz de l’Europe, très tributaire de la Russie. Mais c’est sur le plan géostratégique que ce gazoduc revêt un caractère important. La Grèce, qui se positionne comme un carrefour entre l’Orient et l’Occident, se retrouve aussi au coeur d’un jeu de poker énergétique. Kostas Filis, directeur du pôle Russie et Eurasie au Centre de relations internationales d’Athènes, constate qu’« entre l’oléoduc reliant la Bulgarie et la Grèce sous contrôle de la Russie d’un côté, et le gazoduc ITIGI poussé par les États-Unis de l’autre, la Grèce est prise entre deux puissances… Même si la Russie conserve son avantage en raison de l’importance de ses réserves et de la meilleure gestion de ses exportations vers l’Europe. »

La prochaine tranche de ce gazoduc concerne la partie greco-italienne. Les travaux ne commenceront qu’en 2009, et les acteurs du chantier s’interrogent sur l’état des réserves de gaz azéri, très sollicitées par la communauté internationale. Dans ce contexte, la Grèce, comme la plupart des pays européens, espère un retour à la stabilité politique en Iran qui détient « une grande quantité de gaz exploitable » confirme Kostas Filis. « La présence du ministre de l’Énergie américain n’est donc pas anodine, elle est même symbolique. Les États-Unis ne veulent pas que ce gazoduc soit alimenté de gaz russe et ils ont à présent tout intérêt à régler la question iranienne au plus vite. »