13.05.2008
Kosovo: les minorités reléguées au second plan

Le Kosovo multiethnique est sur pied. Du moins dans les textes. La constitution adoptée le 9 avril dernier par le Parlement, et qui rentrera en vigueur le 15 juin, érige ce principe en pilier du nouvel Etat. De la théorie à la pratique, il y a un pas difficile à franchir. En effet, la situation économique et politique d’un Etat naissant rejette cette question, en dépit des discours, au second plan.
Le Kosovo est peuplé à 90% d’Albanais qui coexistent avec cinq minorités, officiellement reconnues comme telles: bosniaque, turque, gorani, serbe et "RAE" (appellation englobant les Roms, Ashkalis et Egyptiens).
Au regard du conflit entre Serbes et Albanais en 1999, l’ancien représentant du secrétaire générale de l’ONU, Martti Ahtisaari, préconisait en mars 2007, l’établissement d’une constitution respectant les droits de chaque minorité. C’est sur la base de ce plan que les organisations internationales accompagnent actuellement l’indépendance de l’ancienne province serbe.
L’European center for minority issues (Ecmi [1]) est une institution germano-danoise dont la tâche principale au Kosovo est d’aider à bâtir, en collaboration avec le gouvernement, une législation propre aux minorités. Pour son directeur à Pristina, Adrian Zeqiri, le principal obstacle à une amélioration de la situation des minorités est la faiblesse du budget qui lui est alloué:
"Beaucoup de personnes issues des minorités ont soutenu l’indépendance car ils pensaient que ça allait améliorer leurs conditions de vie. Mais le gouvernement n’a pas, pour le moment, les moyens de son action."
Aux municipalités le fardeau de la question des minorités
La question des minorités au Kosovo est en fait largement sous-traitée à l’échelle locale. La nouvelle constitution entend préserver "l’autonomie des minorités" en donnant, en ce domaine, de larges prérogatives aux municipalités. Or celles-ci sont loin de pouvoir porter, dans l’immédiat, un tel fardeau.
A Prizren, ville de 240 000 habitants située dans le sud du pays, et sans doute la plus cosmopolite du Kosovo, on ne sait par quel bout prendre le problème. Pour pouvoir garantir des droits à ces minorités, encore faut-il être en mesure d’en évaluer le nombre et les besoins. Selon Islam Elshani, responsable municipal pour les minorités rom, ashkali et égyptienne: "On sait combien viennent travailler à Prizren, mais on ne sait pas combien y résident."
Or, nombre de mesures prises en leur faveur doivent théoriquement être calculées sur la base d’un tel recensement: budget, postes dans l’administration, aménagement des classes dans les écoles. Mêmes difficultés à Firezaj-Urosevac, à quelques kilomètres au nord, où les autorités locales n’ont pas, elles non plus, les instruments pour évaluer ces populations.
Une incapacité technique qui coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui souhaitaient instaurer une politique de "discrimination positive" comme réponse au problème kosovar. De plus, la notion de multiethnicité est d’abord le fruit d’une vue occidentale, à laquelle les politiques et le personnel administratif du pays ont bien dû se conformer.

Dans les régions du sud du pays, notamment celle de Prizren, dessiner les contours d’une minorité turque, par opposition à une majorité albanaise, n’est pas une tâche aisée, un individu pouvant se réclamer naturellement des deux.
Le chiffrage réel des minorités au Kosovo ne pourra être établi qu’en novembre prochain, date du premier recensement national depuis 1981. Cette initiative est jugée prématurée par les Serbes, qui considèrent que nombre d’entre eux, qui avaient fui le nettoyage ethnique d’après guerre, ne sont pas encore rentrés.
D’ailleurs, le retour des populations sera un enjeu majeurs dans les années à venir. Les Roms, par exemple, dont le nombre était évalué à 250 000 avant l’intervention de l’Otan, ne sont plus qu’une trentaine de milliers actuellement. Et l’Union internationale romani a réitéré, en février dernier, sa condamnation des expulsions de Roms vers le Kosovo "au prétexte que celui-ci était devenu souverain et sûr".
Chaque groupe a des besoins spécifiques à satisfaire
Pour l’Ecmi, la politique du nouvel état n’est pas de "faire un tout", en mixant les cultures mais de garantir à chaque communauté la possibilité de "vivre selon ses traditions", ce qui demande une adaptation de l’administration aux besoins spécifiques de chaque communauté.
Si l’accès à l’emploi reste problématique pour toutes les communautés, "les efforts en matière d’éducation concernent plus directement les Roms et les Turcs, tandis que la sécurité est une demande plus particulière des Serbes", détaille Adrian Zeqiri.
La question serbe, qui revêt un aspect bien plus politique que celle des Roms ou des Bosniaques, s’est d’ailleurs radicalisée avec l’accession du Kosovo à l’indépendance. Les mairies regrettent leur absence des administrations, qu’elles imputent aux pressions de Belgrade. Une situation qui perdure. Il y a un an, Marti Ahtisaari demandait déjà à cette minorité de collaborer aux institutions kosovares.
La Serbie entend, de plus, faire participer les quelques 100 000 serbes du Kosovo à ses élections législatives du 11 mai prochain. Un imbroglio politique qui se joue dans un contexte de tension interethnique, que seule la présence internationale permet de contenir à peu près. Un officier de l'Otan le reconnaît:
"On est venu pour défendre le Kosovo d’une agression serbe, et cela fait dix ans que nous protégeons les minorités serbes des agressions albanaises."
Si à l’heure de la contestation de Belgrade, les discours se veulent rassurants quant au traitement de minorités dans le nouvel état, celles-ci risquent de ne pas voir d’importantes améliorations dans l’immédiat.
Liens:
[1] http://www.ecmikosovo.org/
11:25 Publié dans Kosovo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kosovo, minorités
09.05.2008
L'or noir en mer Noire : un nouveau Grand Jeu ?
Écrit par Marine Michault
05-05-2008
La région de la mer Noire est la deuxième au monde pour sa richesse en hydrocarbures, après le Golfe. Constituant une véritable « route de la soie du XXIe siècle », plusieurs gazoducs et oléoducs traversent cette zone pour approvisionner l'Europe. Leur tracé fait l'enjeu d'une bataille entre Etats-Unis et Russie, dans laquelle l'UE est restée jusqu'à maintenant relativement à l'écart.
Etat des lieux
« L'importance stratégique de la mer Noire, lieu de passage du gaz et du pétrole de la mer Caspienne et moyen d'accès à la Méditerranée par les détroits du Bosphore et des Dardanelles, n'est plus à démontrer. Elle explique les convoitises dont cette zone est l'objet depuis longtemps », écrit Thomas Ferenczi.
La mer Noire est en effet un point de passage devenu incontournable sur la route des évacuations des hydrocarbures caspiens entre Russie et Turquie, entre Europe et Caucase.
L'essentiel des hydrocarbures qui transitent par la mer Noire proviennent ainsi de la Russie (Sibérie orientale, Volga, Oural) et de la mer Caspienne, dont les réserves de pétrole pourraient atteindre 3 milliards de tonnes, et celles de gaz, 6000 milliards m3 par jour selon certaines estimations. La Caspienne étant une mer enclavée, la mer Noire fait office d'une voie de sortie idéale pour exporter les ressources kazakhes, turkmènes et surtout azéries, jusqu'à acheminer près de 2,4 millions de barils/jour en 2015 selon certaines estimations. Et la gourmandise des pays de transit riverains (Géorgie, Russie, Turquie) devant une source de revenus juteuse ne fait que s'accroître. Ces pays sont en train de vivre une transformation économique importante avec le développement considérable des échanges de pétrole et de gaz soutenu à la fois par l'UE et les Etats-Unis.
Car le gaz et le pétrole caspiens sont aussi un instrument politique, tant du côté de Moscou qui cherche à conserver le monopole d'influence qu'elle avait dans cette région depuis le XIXe siècle que pour les Occidentaux qui contestent ce monopole et voudraient intégrer ce nouveau sud, si proche du « grand Moyen-Orient » que les Etats-Unis tentent de recomposer.
Les nerfs de la guerre l'influence que se livrent, pour l'essentiel, Russes et Américains, sont les oléoducs. Il existe des dizaines de projets de pipelines, complémentaires et/ou concurrents, tous destinés à acheminer les produits pétroliers vers les principaux pays consommateurs d'Europe ou d'Asie. La route traditionnelle de l'époque soviétique « Nord-Sud », qui partait de la Caspienne pour aller vers la mer Noire, puis vers la Russie centrale, se voit opposer aujourd'hui une route « Est-Ouest » qui passerait tout entière par le Caucase, à destination des marchés occidentaux via la mer Noire. Deux conceptions s'affrontent radicalement. La variante russe traduit l'aspiration à conserver le contrôle de l'évacuation des hydrocarbures de la Caspienne et d'Asie centrale, afin de ne pas perdre d'influence dans une zone stratégique pour ses intérêts et qu'elle contrôlait jusqu'en 1991. La préférence occidentale, elle, vise à mettre hors jeu la Russie en promouvant une nouvelle route du pétrole qui passerait par les pays pro-occidentaux, comme la Turquie, ou devenus hostiles à la Russie, comme l'Azerbaïdjan et la Géorgie.
Cette bataille des oléoducs a au moins le mérite de contribuer à désenclaver le Caucase. Ce dernier se retrouve coincé entre une Russie offensive dans sa volonté de reprendre le contrôle de la région, et un Occident désireux d'empêcher tout retour des Russes dans une zone stratégique majeure, carrefour entre la Turquie, le Proche-Orient et l'Asie centrale. L'axe Etats-Unis/Géorgie/Turquie/Azerbaidjan s'oppose à celui qui rapproche Russie et Iran.
Les grands gagnants de cette bataille sont les pays exportateurs, qui ont désormais le choix entre plusieurs offres de transit, qui tentent de les attirer par des prix plus avantageux : par le Nord et les réseaux russes, ou par le Sud, la Géorgie et la Turquie. Un autre critère de choix est le fait que la Russie favorise le mélange entre des pétroles de différentes origines afin d'utiliser au mieux la capacité de son système d'évacuation.
Pipelines « russes »
* Le Bakou-Groznyi-Novorossisk
L'un des plus anciens oléoducs de la région ; il transporte près de 2 millions T par an de pétrole azéri, et contourne la Tchétchénie depuis 1999. Moscou veut le promouvoir auprès des acteurs pétroliers locaux, bien que la situation locale ne soit pas des plus stables.
* South Stream
South Stream est un projet de gazoduc russo-italien de 900 km qui devrait transporter jusqu'à 30 milliards de m3 de gaz caucasien sous la mer Noire vers la Bulgarie, où il se divisera en 2 branches : l'une allant vers l'Autriche et l'autre vers la Grèce puis vers Otrante (Italie du sud). Il devrait entrer en exploitation en 2013. Le co-développement de ce projet par l'Italie prouve une fois encore que les Européens ne parlent toujours pas d'une seule voix face à Moscou sur l'énergie. Le groupe gazier russe Gazprom négocie par ailleurs avec le gouvernement grec sur une possible participation de la Grèce au projet.
South Stream reliera ainsi la Russie à l'Europe via la mer Noire. «Il répond à nos intérêts économiques nationaux et à ceux de nos partenaires », selon V. Poutine.
* Blue Stream
Le gazoduc Blue stream, long de 1270 km, traverse la mer Noire et livre la Turquie à Ceyhan en gaz russe (4 milliards m3/an). Il a été officiellement inauguré en novembre 2005 par MM. Poutine, Berlusconi et Erdogan, trois ans après sa mise en fonction. A l'heure actuelle, il est le seul à être opérationnel. Sa prolongation vers l'Italie, la Grèce et Israël est en cours d'étude, ce qui donnerait à la Turquie un rôle de « pont énergétique entre l'Orient et l'Occident », et serait une ébauche d'élaboration d'un espace énergétique en Europe du Sud est sous domination russo-turque.
Le Président russe devrait par ailleurs finaliser l'accord de la construction d'un oléoduc, long de 280 km et reliant le port de Bourgas, en Bulgarie, à celui d'Alexandroupolis, en Grèce, afin d'acheminer le pétrole de la Caspienne vers l'Europe de l'Ouest en contournant les détroits turcs saturés. L'oléoduc permettra à la Russie de conserver le contrôle de l'acheminement d'une partie du brut de la Caspienne. Le brut sera transporté depuis les ports de la mer Noire jusqu'aux marchés de l'Europe, des Etats-Unis et de la région Asie-Pacifique via la Bulgarie et la Grèce. La conduite aura 280 km de long, son débit annuel sera de 35 millions de tonnes et pourra être porté à 50 millions de tonnes. Le coût du projet est évalué à environ 783 millions d'euros.
* Le CPC (Caspian Pipeline Consortium)
Conçu par les Russes, il permet d'évacuer le pétrole du champ de Tenguiz du Kazakhstan (pourtant exploité par une compagnie américaine) vers Novorossisk, avec une capacité de 60 millions T/an (1,34 millions de barils en 2015). Le Kazakhstan n'est pas enthousiaste de ce projet, qui renforcerait sa dépendance vis-à-vis de la voie d'évacuation russe. La capacité de transport du CPC est supérieure aux capacités combinées actuelles des différents terminaux pétroliers de la mer Noire.
Pipelines « américains »
* « Bakou Soupsa »
Conçu comme une alternative au Bakou-Groznyi-Novorossisk, il pouvait acheminer jusqu'à 145 000 barils par jour, mais il a perdu de son influence compte tenu du fait que la poursuite de la route du pétrole passait par voie maritime à travers les détroits surchargés du Bosphore et des Dardanelles.
* BTC
L'oléoduc Bakou-Tiblissi-Ceyhan, long de 1760 km, assure depuis 2005 l'exportation du pétrole de la Caspienne vers la Turquie sans passer par la Russie (1 million de barils/jour). Le BTC traverse l'une des régions les plus explosives et les plus fragiles d'un point de vue environnemental du pourtour de la mer Noire, le Sud caucase, mais a l'avantage de déboucher directement en Méditerrannée, ce qui limite la circulation de tankers sur la mer Noire. Sa construction a longtemps été retardée par son coût : 3 milliards de dollars. Le tracé du BTC répond davantage à des préoccupations stratégiques qu'à des logiques géographiques ou économiques. La Turquie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie ont, dès 1999, déclaré leur enthousiasme pour un tel projet, perçu comme le fondement d'une nouvelle alliance régionale. La Turquie y trouve par ailleurs un moyen de rester une porte de sortie privilégiée de la Caspienne vers la Méditerranée, tout en évitant le transit par le Bosphore et l'évacuation de ce pétrole via les voies russes. Les Etats-Unis, qui cherchent à renforcer le poids de la Turquie dans la région, au détriment de la Russie et de l'Iran, soutiennent activement ce projet. Un gazoduc Bakou-Erzerum (Turquie) a également été construit sur le même trajet.
* Nabucco
Le gazoduc Nabucco relie l'énorme champ de Shah Deniz, en Azerbaïdjan, à la Hongrie, en passant par la Géorgie, la Turquie, la Bulgarie et la Roumanie, en évitant la Russie. En juin 2006, les Européens approuvent le projet, en concurrence directe avec la société russe Gazprom. Nabucco, qui doit permettre d'ici 2012-2013 d'approvisionner les Européens en gaz de la mer Caspienne sans passer par la Russie, est au cœur de la stratégie européenne de diversification.
Le projet a connu des difficultés d'avancement, étant donné le manque de garantie sur le fait qu'il y aura assez de gaz pour l'alimenter. Le Turkménistan aurait toutefois promis à l'UE de lui livrer 10 milliards de m3 de gaz dès 2009 pour alimenter Nabucco. De plus, les réserves de Shah Deni seraient également plus élevées que prévu.
La société russe Gazprom aimerait neutraliser cette concurrence potentielle en obtenant que le gazoduc Blue Stream, reliant la Russie à la Turquie sous la mer Noire, soit à terme branché sur Nabucco. Ce projet, qui permettrait d'assurer l'alimentation de ce dernier, renierait sa raison d'être initiale : contourner la Russie. Le choix des Européens aura d'importantes répercussions. Le financement de Nabucco, de l'ordre de 4 milliards d'euros, dépend des compagnies pétrolières, et il n'est pas assuré à ce stade.
* Odessa-Brody
En juin 2007, la Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Moldavie se sont réunies à Bakou pour discuter du projet de livraison de pétrole d'Azerbaïdjan via la Géorgie par la mer Noire vers un oléoduc ukrainien Odessa-Brody, qui passe près de la frontière polonaise.
* PEOP
Le commissaire chargé de l'énergie, Andris Piebalgs, a signé lors d'un forum sur l'énergie une déclaration ministérielle portant sur les prochaines étapes de construction d'un oléoduc qui acheminera directement du pétrole de la mer Noire aux marchés d'Europe centrale. Du point de vue environnemental, « l'oléoduc paneuropéen permettrait de réduire considérablement les risques d'accidents graves dans le Bosphore, en mer Noire, en mer Egée et en Adriatique », note la Commission. Le nouvel oléduc a pour but de relier le port roumain de Constanta, sur la mer Noire, au réseau pétrolier de Trieste en Italie, lui-même relié aux pipelines en direction de l'Autriche, de l'Allemagne et de la République tchèque.




Cette surenchère des voies d'évacuation a contribué à la forte croissance des ports de la mer Noire : le terminal pétrolier de Novorossisk peut désormais accueillir plus de 800 000 barils/jour, celui de Batoumi, en Géorgie, 136 000 barils/jour. Ce développement spectaculaire a largement bénéficié aux pays riverains, qui ont pu y puiser un dynamisme économique à même de leur faire passer le cap d'une transition post-soviétique difficile. Toutefois, l'impact environnemental de plus en plus négatif pour l'écosystème de la mer Noire de cette augmentation du trafic lié aux hydrocarbures pourrait désormais davantage bénéficier aux ports de la Méditerranée comme Ceyhan qu'à ceux de la mer Noire. Cette dernière est en tout cas devenue une véritable plateforme d'échanges entre l'Asie centrale, la Russie et l'Europe.
Le coût environnemental du transport des hydrocarbures en mer Noire
La surexploitation de cette voie de transit se fait au détriment d'impacts environnementaux très lourds.
Les 3000 tonnes de fioul échappées du pétrolier Volgoneft-139 après son naufrage le 11 novembre 2007 en mer Noire ont provoqué la mort de près de 15 000 oiseaux et causé des dégâts à l'environnement qui auraient atteint près de 170 millions d'euros. Naufrage qui met en évidence les dysfonctionnements de la route du pétrole en Europe.
Le transport par voie maritime des hydrocarbures pose également problème. La plupart des routes d'exportation du pétrole de la Caspienne passent par la mer Noire et le détroit turc du Bosphore, vers la Méditerranée. Depuis la chute de l'URSS, les exportations de pétrole transitant par la mer Noire ne cessent d'augmenter, alors que le trafic via le Bosphore approche de son seuil critique (143 millions de T transportées en 2005, 28 navires par jour). Avec les nouvelles capacités apportées par le CPC, les volumes venant de la Caspienne pourraient bientôt excéder les capacités de transit du Bosphore. L'inquiétude de la Turquie est vive, ce sur-trafic posant des problèmes de sécurité et de menace pour l'environnement. Le pays a pris des mesures en novembre 1998 pour limiter le trafic, en menaçant par exemple de multiplier par cinq les tarifs de transit. Il a également installé de nouveaux systèmes de radars et de navigation, et a interdit le passage de navires sans double coque et des supertankers de plus de 150 000 tonnes. Cette décision va dans l'intérêt de préserver la mer Noire, dotée d'un écosystème particulièrement fragile, de même que la très touristique mer Egée. D'où la nécessité, différemment prise en compte par les Etats riverains, de développer les voies alternatives de transit.
Le positionnement de la Russie
Pour reprendre du terrain sur l'enjeu de l'approvisionnement énergétique de l'UE, la Russie négocie avec l'Algérie, la Libye et le Nigeria, pour des projets gaziers tournés vers les marchés européens. Par ailleurs, Vladimir Poutine a récemment rappelé son désir de coordonner les stratégies des Etats riverains de la mer Noire en matière énergétique et de les rapprocher en bâtissant un véritable réseau en la matière.
La Russie n'hésite également pas à recourir à l'« arme énergétique » envers des pays de transit rebelles à son influence. L'Ukraine et plus récemment, la Géorgie, ont ainsi fait les frais d'une véritable « guerre du gaz », Gazprom les menaçant à plusieurs reprises de relever son tarif d'exportation de gaz (230 dollars pour 1000 m3 contre 50 dollars auparavant pour l'Ukraine), voire de suspendre l'approvisionnement, au grand dam de l'UE.
Le positionnement des Etats-Unis
Les Etats-Unis ont mis tout leur poids dans la balance, depuis le milieu des années 1990, pour faire de la mer Noire une zone importante d'évacuation des hydrocarbures d'Asie centrale, contournant la Russie. L'oléoduc BTC et le gazoduc entre Bakou et Erzerum (Turquie) résultent de cette politique. Les Etats-Unis ont ainsi fait de pays comme la Géorgie et l'Ukraine, en plein balbutiement démocratique, des pierres angulaires de leur stratégie dans la région.
Par ailleurs, ils s'investissent dans la mise en valeur des ressources ukrainiennes en hydrocarbures localisées en mer Noire. En effet, face aux démonstrations de force de Gazprom, l'Ukraine cherche à exploiter les champs de pétrole (3 millions de tonnes) et de gaz (4 milliards de m3), qui suffiraient à couvrir ses besoins. C'est de la mise en valeur de cette zone que s'occupe la firme Vanco Energy. Elle a obtenu une licence pour l'exploration et la mise en valeur industrielle de la zone de Kertch pour une durée de 30 ans et ont promis d'y investir 20 milliards de dollars. Les experts sont d'avis que les projets semblables à la mise en valeur de la zone de Kertch seront à l'avenir activement soutenus pas les autorités américaines.
Une dépendance croissante de l'Europe envers les hydrocarbures russes et caspiens ...
Des projections actuelles indiquent que les Européens n'échapperont pas d'ici 2030 à une augmentation de leur dépendance envers le gaz russe. L'Union européenne importe plus de 40% de sa consommation de gaz naturel et près de la moitié (46%) de cette quantité provient de Russie. Selon des études récentes, plus de la moitié des importations énergétiques de l'Union passeront par la mer Noire dans les années à venir.
Or les Européens, malgré tous leurs efforts depuis 18 mois pour se rapprocher d'autres pays producteurs, ont bien du mal à réduire leur dépendance énergétique envers une Russie qui ne cesse de leur couper l'herbe sous le pied.
... explique l'intérêt grandissant de l'UE pour la mer Noire
L'énergie, en l'absence de politique commune dans ce domaine, est l'un des tests majeurs de la capacité de l'Union à sécuriser ses liens avec la Russie en la dissuadant d'utiliser ses ressources énergétiques comme d'une arme pour s'imposer en tant que super-puissance. Avec la flambée des prix des hydrocarbures, les conflits gaziers à répétition entre la Russie et l'Ukraine, principal pays de transit actuellement, et le refus de la Russie de signer la Charte européenne sur l'énergie, l'Union européenne a fait de la réduction de sa dépendance envers le gaz et le pétrole russes une obsession de sa politique étrangère. L'Europe cherche ainsi à s'assurer des approvisionnements ne provenant pas de la Russie, et essaie de nouer depuis 2003 des contacts avec de nombreux grands pays producteurs, notamment l'Irak, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan, la Libye, l'Algérie... Par ailleurs, l'UE s'efforce de diversifier les routes d'approvisionnement, en soutenant les projets de construction de pipelines qui ne passent pas par la Russie (BTC).
Le problème de l'UE sur ce dossier vient en partie des divergences entre Etats membres sur l'orientation à donner à cette question énergétique, certains choisissant un partenariat renforcé avec la Russie, d'autres l'inverse, faute d'une réelle politique énergétique commune. Ainsi, avant que la politique étrangère européenne ne s'affirme dans le domaine énergétique, la route est longue et elle passera nécessairement par la mer Noire. C'est cette prise de conscience qui pousse depuis quelques années l'UE à s'impliquer davantage dans la stabilisation économique et politique des Etats fragiles de la mer Noire, qui est devenue, depuis 2007, une composante de ses nouvelles frontières.
L'UE avance ainsi laborieusement ses pions face à Moscou et Gazprom, qui jouent une partie subtile, utilisant leur puissance financière pour attaquer en divers points de l'échiquier. Face aux enjeux qui se profilent, les Européens déploient relativement peu de moyens et peinent à formuler une vision stratégique claire qui regarderait au-delà de l'élargissement qui vient d'avoir lieu.
Une implication encore limitée et confuse
Les récentes initiatives destinées aux voisins orientaux de l'UE comme la stratégie européenne pour l'Asie centrale et l'initiative « PEV + » semblent toutefois montrer la construction d'une réponse à des inquiétudes croissantes au sujet de la sécurité des approvisionnements énergétiques et de la fiabilité de la Russie en tant que partenaire énergétique. L'UE ne veut pas voir la mer Noire, avec laquelle elle entretient déjà divers liens bilatéraux de coopération, passer sous domination russe. Le Commissaire pour les relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a clairement indiqué que la coopération énergétique se trouverait au cœur du nouveau positionnement de l'UE dans la région, présenté dans la note « synergie mer Noire », datée de 2007. Un des principaux objectifs de la stratégie pour la mer Noire est de développer la coopération entre l'UE et les pays de la région sur les questions énergétiques : « La région de la Mer Noire est d'une importance stratégique pour la sécurité énergétique de l'Union », dit la communication. Il est donc nécessaire de mieux coordonner les relations, jusqu'ici surtout bilatérales, entre l'UE et la dizaine de pays concernés : la Roumanie, la Bulgarie la Grèce, la Turquie, la Russie, l'Ukraine, la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Moldavie.
Pour renforcer son engagement dans la région, la Commission entend développer ses contacts avec des organisations régionales, comme le groupe de «Coopération économique de la mer Noire» (BSEC, Black Sea Economic Cooperation), dont elle est membre observateur, ou le Forum de la Mer Noire (BS Forum).
La Synergie avec la mer Noire sera centrée sur les secteurs de coopération où la présence de l'UE est déjà significative, comme l'énergie, les transports et l'environnement. Toutefois, l'impact de ce programme est freiné par la profusion ou les contradictions entre ses politiques thématiques (énergie, environnement, transports...), ses programmes d'aide (TRACECA, PHARE...), et surtout la diversité de statut des pays de la mer Noire : membres de l'UE, candidats, membres de la PEV, ou simples partenaires.
09:17 Publié dans Energie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : petrole, gazoducs
EU to fund key projects in neighbouring states
The European Commission has announced that it plans to provide over €700 million of funding for energy and transport infrastructure projects between the EU and neighbouring states over the next five years.
The Commission has so far made available €100 million of the €700 million it intends to allocate to the scheme between now and 2013. The hope is that the initiative, known as the Neighbourhood Investment Facility, will help to convince creditors with an additional €6 billion of extra funds for infrastructure projects.
EU member states will also be able to contribute to the scheme, whose primary recipients will be countries that have agreed European Neighbourhood Policy (ENP) action plans with the EU. So far, Germany has pledged to provide €10 million this year and Italy and Sweden have each said they will allocate €1 million.
Although energy, transport and environmental projects will be the main beneficiaries, the scheme will also support the development of small to medium-sized firms as well as projects in the social sector.
Benita Ferrero-Waldner, the European commissioner for external relations, said that, among other effects, the scheme would help to promote the use of renewable energy and the de-pollution of the Mediterranean and Black Seas.
Most of the states in the ENP are near the Black Sea – Armenia, Azerbaijan, Georgia, Moldova and Ukraine – or the Mediterranean Sea: Egypt, Lebanon, Morocco, the occupied Palestinian territory, Tunisia. Jordan is another member of the ENP.
“Concrete projects financed under this facility will bring tangible benefits to citizens of the neighbouring countries and the union alike and will bring our partners closer to the EU,” she said.
The ENP was established in 2004 with the aim of strengthening the stability and prosperity of countries that share a land or sea border with the EU. Russia is not included in the ENP; its relations with the EU are governed through a separate strategic-partnership arrangement.
Countries that are not members of the ENP can obtain grants for projects of a cross-border or regional nature09:12 Publié dans Union européenne et mer Noire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pev, investissements














